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Toulouse

Me voici à Toulouse pour une semaine, à la faveur de la défection d’un collègue, qui a préféré s’en aller travailler pour un autre organe d’information.
Comme je le comprends! Si vous saviez la galère qu’il s’était prévue! Un périple gastronomique au pays du cassoulet et du foie gras, vous vous rendez compte? Mais voyant le désarroi de la responsable du cahier Vacances Voyage, j’ai vaillamment offert de me sacrifier pour le remplacer au pied levé. L’honneur de La Presse est sauf!

J’ai donc commencé fort, très fort: en ce radieux dimanche d’octobre, fraîchement débarquée de l’avion, après avoir titubé comme une zombie pendant une heure au marché Saint-Aubin (fruits, légumes, volailles vivantes, livres d’occasion, vêtements faits en Turquie, épices, fleurs, cochonnailles, name it), j’ai pris la direction du restaurant Le Bon Vivre (rappelez-vous qu’il n’était pour moi que 7h du matin) et je me suis envoyé mon premier cassoulet. Hop. Cuisse de canard, saucisse, couenne de porc, haricots tarbais, avec un verre de rouge pour faire descendre.
C’était bien bon. Mais, à ce rythme-là, je ne tiendrai pas longtemps. Aussi me suis-je empressée de rentrer à l’hôtel pour une sieste aussi digestive que réparatrice. Tout à l’heure, après une promenade dans les vieilles rues de la Ville rose, je me contenterai d’une petite salade… et d’un tournedos Rossini, tenez.

Je loge dans un nouvel hôtel très français, ça s’appelle The Lofts. Sans blague. J’ai un studio avec mezzanine au 18e étage d’un immeuble assez laid, très très très moderne et design et tout. Ne le dites pas à la responsable de l’office du tourisme, mais j’aurais préféré un petit vieil hôtel un peu borgne tenu par un couple âgé qui aurait eu cet asseng tellemeng charmang. Vrai, au resto, ce midi, j’écoutais une dame à côté de moi, on aurait juré Clairetteu (les plus jeunes, faites-vous expliquer par un ancêtre de mon âge). Enfin, on ne va pas cracher dans la soupe, la vue sur Toulouse est splendide, même qu’il paraît que, par temps clair, on peut voir les Pyrénées.

Demain, rendez-vous avec la responsable de l’Office du tourisme, visite de la ville, bouffe, sieste, re-bouffe. Comme ça pendant une semaine.
La galère, vous dis-je.

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Vu de la gloriette

De la gloriette où les propriétaires du camping ont eu la bonne idée d’installer un routeur, j’observe les pêcheurs de palourdes revenir de leur cueillette à mesure que la mer reprend ses droits dans la baie, qui se vide presque entièrement à marée basse.
Nous avons bien tenté tout à l’heure, Pierre et moi, de réitérer notre pêche miraculeuse du mois dernier, mais les surf clams que nous avions ramassées à plein panier l’autre fois se sont faites plus rares, Neptune seul sait pourquoi. Nous en aurons tout de même assez pour des spaghettis vongole ce soir: vin blanc, ail, palourdes, crème, pâte de tomate. Je pense que je cuisine encore plus en camping qu’à la maison, allez y comprendre quelque chose.
L’autre soir, nous avons poussé une pointe jusqu’à Freeport, paradis du shopping. On y trouve plus de magasins que d’habitations, plus de magasineurs que d’habitants et, en fin de compte, pas tant d’aubaines que ça, sauf pour les hommes. Nous-la-femme, apparemment, ne regardons pas à la dépense quand quelque chose nous plaît… Soit je n’ai rien vu qui me plaise, soit je ne suis pas une vraie femme: je n’ai (presque) rien acheté.
Nous avons terminé la journée dans un pub de la jolie ville de Brunswick, où l’on nous a servi un steak de brontosaure que nous avions eu la bonne idée de demander à partager. Songez donc: 14 onces de viande! Et la serveuse nous a dit que bien des gens eat the whole thing! Ces Américains me surprendront toujours.
Hier, la plage de Popham était complètement dissimulée sous un épais brouillard, le coup d’œil était proprement surréaliste. Les pauvres lifeguards n’y voyaient goutte, ça complique drôlement les opérations de surveillance et de sauvetage!

À la fin de la journée, nous nous sommes fait livrer du homard au camping (jusqu’à notre tente s’il vous plaît) par le pêcheur en personne, une sorte de colosse à la voix de baryton, venu avec sa femme. Depuis qu’il a fait un infarctus, c’est elle qui relève les 300 cages qu’ils mettent à l’eau, beau temps, mauvais temps. Quel courage, quand même.
Et puis nous voyons Eric, le propriétaire du camping, toujours en train de réparer ceci ou cela, d’installer un machin, de déplacer un truc, quand il n’est pas lui-même à la pêche aux coques. Il est tout seul pour tout faire et travaille du matin au soir pendant que sa femme s’occupe du téléphone. C’est de l’argent bien gagné!
Bon, c’est pas tout ça, faut encore aller arranger les palourdes. En buvant une bière, ça passera mieux.
J’espère que les moustiques nous ficheront la paix.

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Demain la mer

https://i0.wp.com/commondatastorage.googleapis.com/static.panoramio.com/photos/original/1690857.jpg Bon, ce n’est ni très loin ni très exotique, même pas vraiment dépaysant. Encore que…

Même le Maine, que tout le monde semble si bien connaître, recèle des coins secrets, fréquentés par les locaux seulement, et on peut là comme ailleurs se sentir en voyage. C’est-à-dire fréquenter d’autres lieux, d’autres gens, qui nous apporteront quelque chose de nouveau.

J’ai trouvé cet endroit il y a des années, au cours de vacances au New Hampshire pendant lesquelles j’avais, avec mon habituel sens de l’à-propos, emporté à lire L’Hôtel New Hampshire, de John Irving, un de mes auteurs fétiches.

Il situait le premier hôtel du nom quelque part à l’embouchure de la rivière Kennebec, bizarrement dans le Maine. Pas pu m’empêcher de regarder où ça se trouvait sur la carte. Tiens, ai-je dit à Yves, le père de mon fils et toujours mon meilleur ami, allons donc voir ce qu’il y a là. Nous nous y sommes rendus dare-dare sur notre Honda Nighthawk 450 (chose que je ne referai plus jamais de ma vie, juré-craché, c’est trop dangereux).

La rivière Kennebec se jette bien dans l’Atlantique, mais elle fait mille caprices, se divise en bras infinis où l’on se perd sans cesse entre terre et mer, pointes et baies, îles et marais… Nous avons abouti à Popham Beach, l’un des plus beaux endroits qu’il nous ait été donné de voir. Là, aucun hôtel digne de ce nom, à peine un guest house de cinq ou six chambres (parfait pour nous), un casse-croûte où l’on servait le meilleur shortcake à la rhubarbe au monde, et un camping tenu par un franco-américain qui n’avait plus de franco que le nom mais qui était très fier de nous accueillir comme ses presque-cousins.

Nous sommes tombés amoureux de la région, de ses gens simples, de sa beauté sauvage, de sa reposante modestie. Ici, pas de factory outlets, de boardwalks, de manèges, de salt water taffy… Les gens vivent et travaillent à Bath, au chantier maritime ou ailleurs, ont peut-être une roulotte installée à demeure quelque part dans un camping bon marché, se connaissent entre eux et vous reconnaissent comme étranger, vous accueillent et vous adoptent sans façon, comme les Américains savent faire, ce que nous, Québécois malades d’antiaméricanisme, avons trop tendance à oublier.

Nous y sommes retournés plusieurs fois par la suite, toujours en camping, et en sommes toujours revenus enchantés.

J’y vais demain avec mon Pierre, après un week-end exploratoire en juillet où nous avons rencontré un couple de Franco-Américains avec qui nous avons rigolé comme des bossus. C’est fou, mais j’ai presque aussi hâte de revoir Gerry et Pauline que de revoir la mer, de ramasser des palourdes et de me geler dans les vagues.

Photos à venir…

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Encore une fois Kipawa

Logistique, quand tu nous tiens…
Nous partons vendredi dès l’aube (du moins dans mes rêves) avec mon fils, mon amoureux et sa fille,  visiter le père de mon fils (comprenne qui pourra). Je nous souhaite assez de beau temps pour profiter du lac et de la vie.
Jules conduira, c’est un bon départ.

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Quatre jours à la Barbade

On dira ce qu’on voudra,  ce métier est un esclavage.

J’ai dû me taper six heures d’avion pour un reportage de quatre jours à la Barbade. Depuis, c’est un feu roulant d’activités dans une chaleur de sauna: visite d’hôtel, souper ici, dîner là, excursion en catamaran, tours de ville… Il est temps que ça finisse.

Vendredi soir, donc, souper à Oistins Fish Fry, une succession de bouibouis où l’on sert, comme le nom du lieu l’indique, du poisson frit mais aussi grillé, selon l’humeur du client, et du poulet pour les fines bouches. Sur des tables de pique-nique simplement tendues d’une toile cirée, on vous sert dans une assiette de mélamine votre poisson volant grillé sur lit de rice and beans, que vous aurez bien sûr choisi d’arroser d’une bonne Banks (bière nationale) bien froide.

Dans l’air saturé de la fumée des barbecues, le son du reggae et de la calypso émane de guinguettes à peine éclairées où l’on distingue des couples qui s’agitent malgré la chaleur. Ce soir-là, sur une place qui n’allait sans doute pas tarder à s’emplir de monde, un grand Noir à dreadlocks dansait quelque chose d’absolument explicite avec une touriste blanche et blonde qu’il tenait fermement par les fesses. Elle se croyait probablement bien cool, mais elle était seulement ridicule, ce que prouvait l’hilarité égrillarde de quelques mâles locaux qui observaient la scène en se donnant des coups de coude.

Samedi, excursion en catamaran sur une mer étale mais, hélas, un peu trouble pour le tuba. Que voulez-vous, rien n’est parfait…  En revanche, à la deuxième étape, surprise: les tortues marines, attirées par le poisson que leur jettent les deux guides, arrivent en escadron et nagent au milieu de la soupe humaine que nous formons. Quel spectacle! Je n’en suis pas encore revenue.

Autre curiosité zoologique: il y avait là une fille qui hurlait comme une brûlée vive parce qu’un poisson ou une tortue l’avait frôlée. Heille, Chose, t’avais qu’à rester à la maison, franchement… Elle m’a fait honte, pour tout dire.

C’est quand même d’ouvrage, être une femme…

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Le dernier dimanche + épilogue

Je suis rentrée depuis presque une semaine, mais il me reste à raconter mon dernier dimanche à Mexico. Aussi bien, je dis que je suis rentrée, mais mon cœur est encore là-bas! J’écoute de la musique de mariachis, j’achète des jalapenos, je regarde mes photos en soupirant et je viens de défaire ma valise, abandonnée depuis lundi grande ouverte sur le plancher de ma chambre, son contenu pêle-mêle tout autour (je ne sais pas pourquoi je déteste autant défaire une valise).

Dimanche matin, donc, je file à Xochimilco (enfin, «filer», façon de parler: il faut bien une heure pour s’y rendre, en métro et en tren ligero). C’est un village maraîcher un peu au sud de la grande ville, où je voulais voir les canaux, souvenir de la vie lacustre qui animait Mexico au temps des Aztèques. Les lancheros (bateliers), qui ont vite fait de repérer la rare étrangère que je suis (Xochimilco est surtout fréquenté par les locaux, qui viennent le dimanche s’y amuser en famille ou entre amis), me proposent un tour privé, mais je me vois mal seule comme une gringa dans ces barques faites pour faire la fête. Je veux une colectiva!
«Mira (regarde), me dit l’un d’eux, les colectivas te prennent 100 pesos. Moi, pour 50 de plus, je te fais tout voir et on arrête partout où tu veux. » Non merci, je veux une colectiva, bon! J’ai fini par trouver le bon embarcadère, le tour coûtait 15 malheureux pesos (ah, mais le filou!), j’étais avec plusieurs couples ou petites familles assez tranquilles mais sympa.

Ai-je bien fait! À un moment, nous avons croisé une barque dans laquelle se trouvait un gringo seul avec son batelier, sa Corona et ses tacos. Et tous mes compagnons de s’apitoyer joyeusement:  «Ma qué, pobrecito! Qu’est-ce qui est arrivé aux autres? Ils sont tous tombés à l’eau? Hon! Si c’est pas malheureux!»
Vrai, il faisait presque pitié…
En général, des familles entières (10, 15, 20 personnes) louent une barque, voire plusieurs qu’elles amarrent en caravane. Elles apportent le pique-nique, la bière, la tequila et passent la journée là, dans une ambiance de kermesse dont les Mexicains, décidément, ont le secret. Les lanchas multicolores se bousculent sur les canaux dans ce qui finit par ressembler à une version aquatique des autos tamponneuses (et ce n’est pas qu’une figure de style, les barques s’entrechoquent vraiment!). Ça rigole, ça s’interpelle, les mariachis poussent la chansonnette dans leurs propres lanchas qu’ils amarrent à celles des clients; les barques des marchands de fleurs, de peluches, de ballons et, évidemment, de nourriture zigzaguent à travers tout cela, bref, il règne là un joyeux chaos. J’aurais donc aimé que mon amoureux soit avec moi!

Et dimanche soir, je me suis offert le spectacle du Ballet folklorico de Mexico. Ça m’a rappelé mes jeunes années, à l’époque où j’étais danseuse étoile des célèbres Farandoles de Chicouticou (bon, pas étoile, d’accord), et où nous nous piquions de danse internationale (y compris quelques numéros mexicains).
En tout cas, le spectacle a duré deux heures bien comptées, dans une orgie de robes à froufrous et de frappers de talons, avec une douzaine de musiciens sur scène. Un régal! J’ai trouvé le public bien sage, moi qui aurais tant aimé lancer quelques-uns de ces retentissants  ayayayayaaaaaaayyyy dont j’ai le secret… Mais j’ai eu peur qu’on me mette à la porte, alors je me suis tenue coite.
Je suis rentrée en bus avec mon voisin de strapontin, un charmant médecin britannique venu là en congrès. Nous avons traversé à pied le parc de l’Alameda, où fourmillaient les petites gargotes ambulantes, et je n’ai pu résister à l’envie de m’offrir une dernière paire de tacos, que j’ai dégustés assise sur un muret de pierre. Mon compagnon m’a trouvée bien aventureuse de consommer ainsi de la nourriture de rue, lui qui couchait au Holiday Inn et qui ne voyage qu’en tours guidés… Chacun ses goûts, hein?

Lundi, histoire de m’offrir un dernier bain de Mexico, j’avais résolu de me rendre à l’aéroport en métro. C’est quand même quelque chose, cet aéroport en pleine ville! J’avais soigneusement planifié mon itinéraire pour limiter les changements de ligne, une vraie corvée dans ce réseau qui semble avoir poussé n’importe comment: il faut monter des escaliers, redescendre, remonter, et tourne ici, et va par là… À côté de ça, changer de ligne à Berri-UQAM est un plaisir. C’est dire.
Ça fait que monte, descends (escaliers mécaniques? connais pas), marche et marche, je suis arrivée à l’aéroport au bout d’une heure (une heure!) de transbordements. J’ai eu une bonne pensée pour l’inventeur de la valise à roulettes. Je n’ose imaginer de quoi j’aurais eu l’air si j’avais dû porter un sac à dos, moi qui suis arrivée en nage… au mauvais terminal (évidemment).

L’aéroport de Mexico est fait de deux terminaux. En principe, le numéro 1 est réservé aux vols intérieurs, le numéro 2 aux vols internationaux. Mais ce n’est qu’un principe puisque Air Canada et une poignée de sociétés américaines ont leurs comptoirs au numéro 1. Ce que sachant, c’est là que je me suis dirigée.
Là, pas de trace de Delta. Je m’informe à un agent, il me dit de monter à l’étage et de me rendre jusqu’au bout du corridor (interminable). Au bout du corridor (vraiment très long), pas de Delta. Je m’informe à une agente, elle me dit qu’il faut aller au terminal no 2, donc prendre la navette, au rez-de-chaussée, au bout du $@!&£€∞ corridor!

Heureusement, j’avais du temps…

Alors bon, me revoici dans mes pénates, avec mes chats et une jeune Française qui passera le mois de mai chez moi. Après, j’aurai peut-être la visite d’un jeune couple d’Indiens qui vienne d’immigrer au Canada, et peut-être aussi de mon ami Larbi du Maroc. Ce sera une autre façon de voyager… en attendant le prochain départ.

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Bruits (2)

Aux bruits de Mexico, ajoutons, en ce samedi matin:

L’ahurissante pulsation de la musique techno d’une discothèque, quelque part dans la rue voisine, qui m’a tenue éveillée jusqu’à quatre heures du matin, et qu’aucun bouchon d’oreilles, eût-il été inventé par la NASA, n’aurait su étouffer. Je sais maintenant tout sur les méthodes du DG pour maintenir l’attention de ses auditeurs (ils sont sûrement tous sourds, il faut donc varier l’intensité des vibrations).

La grosse caisse qui, à huit heures ce matin, annonçait le début des manifestations du 1er mai, lesquelles passent toutes par l’autre rue voisine (laquelle mène directement au Zócalo), et qui n’ont pas cessé depuis. Un flot compact et ininterrompu de manifestants déferle vers la grande place, où j’irai jeter un œil tout à l’heure (dès qu’il sera ouvert).
Ils doivent dépasser le million, armés de mégaphones, de sifflets, de tambours, de trompettes, de drapeaux et de bannières. De temps en temps, un camion publicitaire hérissé de haut-parleurs s’insère dans le cortège et ajoute ses annonces à cette cacophonie invraisemblable.

Quand j’aurai pris la mesure de l’ampleur de cette marée humaine, j’irai me reposer à Xochimilco, où vit et prospère depuis l’empire aztèque toute une population de maraîchers qui alimentent la mégapole en fruits et en fleurs. Il y a paraît-il des canaux, des barques colorées et des champs fleuris qui sont à leur plus beau en ce moment même.

Ça me changera!

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Bruits

Au moment où j’écris ceci: Dans le café où je me trouve, à l’heure de la fermeture, le bruit du rideau de fer qu’on déroule. Celui de la télé où joue à tue-tête une telenovela qui a dû coûter très cher de larmes artificielles. Celui du moulin et de la machine à café, de la clim, des ustensiles qu’une serveuse secoue vigoureusement dans un seau de plastique pour je ne sais quelle raison obscure, des voitures qui passent dans la rue, des conversations des gens qui ne sont pas en train de surfer. Le cliquetis des claviers sur lesquels il faut piocher comme des sourds pour en tirer quelque chose, le choc de la vaisselle qu’on ramasse parce que le resto est sur le point de fermer (ce dont personne  ne semble se formaliser), le bip bip de la caisse qui additionne les additions.

La nuit, dans la ruelle autrement tranquille de mon hôtel: Des étudiants qui chantent l’hymne national après avoir fait honneur à la boisson nationale. Le raclement des poubelles d’acier que traînent sur le trottoir les employés du buffet chinois du rez-de-chaussée, et la musique qui les accompagne. Les conversations des gens de l’immeuble d’en face, qui veillent sur le toit.

Le matin: le chuintement des balais sur les trottoirs qu’on lave à grande eau savonneuse (à chaque commerçant son bout de trottoir). Les bus, les voitures, les motos, les zillions de taxis qui klaxonnent pour se signaler aux clients, le sifflet des agents de circulation. Les rideaux de fer qu’on remonte.


Le reste du jour: tout cela en même temps, plus le boniment du clown au Parque Alemada Central, qui m’apostrophe au moment où je passe devant lui: ¡Holà, señorita! Hao ale you? Waile ale you flom? Canada? Qué bonito!
Il y a toute une assistance hilare. Je lui dis qu’il peut me parler en espagnol, il me demande mon nom, et me voici engagée comme clownette de service. Il va me faire une sculpture en ballon, et il en profite pour commettre quelques calembours à connotation sexuelle dont les Mexicains raffolent. Au lieu de me demander quelle couleur je préfère, il me demande: «¿Qué sabor?» Je choisis rose. Il me demande si je les aime grosses ou longues. Je réponds que l’important, c’est ce qu’on fait avec. Il rigole. Il commence, ça a l’air absolument de ce qu’on pense qu’il va faire. Je me marre, il me dit que j’ai l’esprit mal tourné, tout le monde dans l’assistance se tord de rire. Il finit par me fabriquer un très innocent et très joli cygne rose, que je remets gracieusement à un jeune homme derrière moi, puisque je m’en vais faire des courses et que je n’ai absolument pas l’intention de traîner ça au mercado d’artesania.
Bruit des applaudissements.
La clim vient de s’éteindre, je suis la dernière cliente, on passe la serpillère derrière moi. Je rentre.

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De retour à Mexico!

C’est quand même curieux: je suis rentrée à Mexico, après six heures de route, avec le sentiment de regagner une sorte de havre de paix, comme disent les dépliants touristiques. Six heures de route pour parcourir un peu moins de 300 km, mais quels paysages! Des orangeraies à perte de vue, des plantations d’agaves ponctuées de stands de pulque (un alcool fermenté fait à partir de la sève de l’agave, dont je ne désespère pas de trouver une version embouteillée), des vallées spectaculaires…
En arrivant en ville, j’ai trouvé les rues avenantes, les gens beaux, le climat confortable, la lumière splendide – bref, vive Mexico! Qui plus est, le Zócalo est quasi débarrassé de la hideuse structure qui abritait l’expo Mexico en tus sentidos, qui a pris fin la semaine dernière. On peut donc en admirer presque sans obstacle l’immensité et l’harmonie.
Le seul hic, c’est que je n’ai pu obtenir une chambre dans l’auberge internationale que je convoitais. Je loge dans un hôtel très correct qui me coûte trois fois rien (200 pesos, soit environ 16$), mais ça fait que je passerai vraisemblablement le week-end seule avec moi-même. Or, je trouve que je commence à manquer de conversation. Mais bon, il y a pire après l’enfer de Tuxpam (!!). L’autre truc, c’est que mes voies respiratoires me signalent avec insistance que la pollution à Mexico n’est pas une vue de l’esprit. Mais encore là, il y a pire…
Aujourd’hui, dernière tentative pour obtenir une chambre à l’Hostal Mexico City, puis direction Museo Bellas Artes pour acheter un billet pour le ballet folklorique de Mexico. J’irai ennsuite flemmarder au marché d’artisanat pour flamber quelques pesos supplémentaires. Je voudrais bien finir la journée au parc Garibaldi, repaire des mariachis, mais on dit que c’est un quartier un peu glauque. Comme femme seule, il y a quand même des trucs à éviter… Mais j’irai peut-être avant la nuit.

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Ah, et puis zut!

Quand j’ai écrit hier que le calme est une notion toute relative au Mexique, je ne croyais pas si bien dire. J’imaginais Tuxpam comme une paisible bourgade assoupie au bord d’un fleuve paresseux; je me voyais flâner au bord de l’eau, m’arrêter casser la croûte chez un marchand de tacos ambulant, lire ou observer les gens sous les arbres du Parque Central, filer passer une journée à la plage… Pfff!
Dites-vous bien une chose: si les guides de voyage ne parlent pas d’un lieu, c’est qu’il n’en vaut généralement pas la peine. Ni le Routard ni le Michelin n’avaient évoqué le moindrement Tuxpam. Mais le Let’s go, lui, en faisait une description dithyrambique. J’en déduis que a) soit la ville a beaucoup, beaucoup changé depuis que le guide a été publié ou b) soit ses rédacteurs en fument du vraiment bon (Acapulco Gold?). Je penche pour la seconde option.
Forte de la recommandation de ce guide, je me suis dirigée vers l’hôtel La Parroquia. Vue sur le fleuve, pas cher, propre… Hum. Vue sur le fleuve, certes. Mais aussi sur le boulevard à quatre voies qui le longe. On aurait voulu attenter à ma santé mentale, on n’aurait pas fait autrement. Une ampoule fluo brillait de tous ses feux droit dans ma fenêtre, et le bruit de la circulation m’empêchait même d’entendre le son du vieux James Bond qui passait à la télé (avec Sean Connery, en anglais British sous-titré en espagnol, tout un exercice intellectuel, vous saurez). Mais c’est Guantanamó, ici! me suis-je dit (heureusement, Pierre m’avait laissé des bouchons pour les oreilles – merci, merci! –, ce dont Omar Khadr, le pauvre, n’a jamais bénéficié).
Du reste, ce n’est peut-être pas un hasard. Paraît que le Che et Fidel se sont réfugiés ici même, à Tuxpam, dans les années 50. Il y a d’ailleurs un musée à ce sujet quelque part de l’autre côté du fleuve. Mais je n’irai pas. Malgré la gentillesse de la dame qui tient l’hôtel, qui m’a vanté les mérites de la plage, de sa ville et de son carnaval qui a lieu en fin de semaine (imaginez le TAPAGE!!!), je file à Mexico illico. Tant qu’à entendre des voitures et des klaxons, autant que ce soit pour quelque chose.
J’y serai, ojalá, dans six petites heures.