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Le journal de Sissi (18)

JE LE SAVAIS!

Elle m’a trahie encore une fois. Elle m’a attirée avec ses super croquettes full umami. Je me méfiais, j’ai hésité, j’avais encore le mot «vétérinaire» en tête, tsé.

Je me suis quand même approchée vu que ces croquettes-là, ben, disons… c’est dur de résister. Elle a pensé (quelle conne) que si elle en mettait dans son estie de sac de transport, j’y entrerais tout bonnement.

Heille. J’sais pas si je te l’ai déjà dit: j’suis petite, mais j’suis futée.

J’ai rien voulu savoir. Ça fait que là, encore une fois, elle m’a prise en traître. Estie que j’me suis débattue! Une vraie lionne! J’suis petite, mais j’ai du caractère! Sauf qu’elle a été plus forte que moi pis elle a fini par réussir à m’enfermer dans la patente. Je lui ai laissé quelques bonnes grafignes bien saignantes sur les mains, ça lui apprendra.

Ça fait que là, elle m’a encore barouettée d’un bord pis de l’autre, je savais pu pantoute où j’étais quand la machine s’est arrêtée.

On m’a mise dans une salle avec plein d’autres camarades d’infortune (parmi lesquels j’ai même cru reconnaître un de mes fils, imagine l’horreur!), pis j’ai attendu. Des gens m’ont saisie, m’ont fait une piqûre de je sais pas quoi et m’ont remise dans mon estie de cage rose. Mais rendue là, j’étais quasiment contente de m’y retrouver.

Là, je suis crevée mourute, mais je suis quand même heureuse d’être rentrée à la maison, parce que je savais vraiment pas où j’aboutirais quand on m’a remise dans la cage pis que la tatie m’a encore barouettée d’un bord pis de l’autre.

J’viens de dire que je suis rentrée à la maison.

Wow.

C’est l’fun de pouvoir dire ça.

En tout cas, j’étais tellement contente d’être ici que j’ai même pas eu envie d’aller me cacher sous le divan.

La tatie, finalement, est pas si pire.

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Le journal de Sissi (17)

Oh well, comme disaient mes chums du West Island. The shit is hitting the fan.

Ça veut dire que la marde est en train de pogner. Ou que ça commence à aller vraiment mal. (J’suis en train de m’internationaliser.)

Aujourd’hui, elle est partie genre à 11 h sans me dire où elle allait ni quand elle rentrerait. Bon, à la limite, c’est son droit, pis même si elle me disait où elle va, c’est pas comme si j’avais envie d’y aller ni qu’elle avait l’intention de m’emmener (merci le dieu des chats).

En tout cas. Comme la tatie est une traîneuse de calibre olympique (ça, ça veut dire qu’elle laisse tout traîner, genre que sa maison est un bordel permanent), j’me suis prise d’affection pour un petit tapon de laine qui sentait bon, abandonné sur le canapé.

Ça fait que, quand elle est rentrée, j’avais pas fini de tripper, elle m’a interrompue dans mon histoire avec ce que j’ai appris qui était un cardigan de mérinos (heille, on se torche pas avec des pelures d’oignon, icitte!), pis j’ai pas pu m’empêcher de continuer une fois qu’elle a enfin eu arrêté de s’agiter.

Donc, quand elle a fini par poser son cul sur le divan, y était trop tard, je voulais pu bouger, pis c’est là que tout a chié.

Elle a profité de ma vulnérabilité pour me faire plein de caresses sous le menton et derrière les oreilles, ça m’a rappelé quand j’étais petite pis que ma mère me faisait ça à la sauvette pis que j’en avais jamais assez.

J’ai craqué, qu’ess tu veux que j’te dise?

Là, j’vais me coucher, mais j’ai quand même une inquiétude pis j’sais pas si j’vais dormir. La tatie a dit aujourd’hui le mot «vétérinaire», pis elle a sorti le petit nid dans lequel elle m’avait mise pour m’emmener ici. Je crains le pire.

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Le journal de Sissi (16)

Salut.

J’pense que j’suis en amour.

La tatie m’a présenté aujourd’hui un nouvel ami. J’sais pas son nom, j’sais pas d’où il vient, mais ooooohhhhh! Il est drôle, il est poilu, il sent bon, j’ai un fun fou avec lui! J’ai même pu besoin de la tatie pour jouer, on fait ça ensemble tous les deux, en toute intimité. C’est génial!

OK, oui, c’est un peu plate pour Ratatouille, mais elle arrête pas de disparaître (pis où, au fait, hein?), donc j’suppose qu’elle et moi, c’était pas vraiment possible. En tout cas, c’était sûrement un amour à sens unique, sinon pourquoi elle me laisserait tomber comme ça à tout bout de champ?

Bien sûr, mon nouvel ami et moi, on se cache encore un peu (des fois que Ratatouille nous pognerait, tsé: j’aime bien ménager mes arrières), mais c’est dur. ON RIT TROP!

Je l’aimeeeeee!

Dire que j’sais même pas son nom!

Sinon, avec la tatie, ben ça va comme c’est mené, PIS C’EST MOI QUI MÈNE, hahahaha!

Je continue de suivre mon plan: une journée, je garde soigneusement mes deux mètres de distance, je la laisse même pas s’approcher (tout en me roulant à terre de tout mon long avec l’air de lui demander des câlins). Le lendemain, je la laisse me prendre un tipeu dans ses bras, durant quelques secondes de ronrons, juste assez pour lui donner le goût, pis je décrisse.

A va finir par apprendre.

En attendant, j’suis contente de t’annoncer que j’ai désormais des croquettes à volonté.

Fini le chantage. J’savais que j’finirais par régner icitte.

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Le journal de Sissi (15)

Salut.

Ça va mal.

Mon plan est en train de dérailler solide.

Aujourd’hui, la tatie a joué avec moi et Ratatouille pendant chépas combien de temps (voyons, j’t’ai dit que chuis pas bonne pour compter le temps!), mais en tout cas vraiment longtemps, pis on a eu un fun noir.

Pourquoi on dit ça, un «fun noir», au fait? D’où ça vient?

J’ai ma p’tite idée, mais j’te laisse réfléchir là-dessus. Penses-y ben comme faut.

En tout cas, on a eu ben du fun.

Mais elle finit toujours par s’arrêter pis me laisser à moi-même.

C’est une forme d’abandon! C’est limite un mauvais traitement! Je songe à me plaindre à la SPCI. Oui oui: la Société pour la prévention de la cruauté envers l’Impératrice.

Comment ça, ça existe pas? Tu vas voir que ça va exister dans pas long.

Enfin, bref, à force de me faire abandonner, j’ai fini par être obligée de m’intéresser au jouet débile qu’elle m’a présenté sans que je demande rien.

Pis c’est là que j’me suis fait avoir.

J’me demande vraiment comment tout ça va finir.

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Le journal de Sissi (13)

Ça, c’est moi à moitié morte. C’est une mauvaise photo parce que même à moitié morte, j’me laisse pas photographier facilement. Le droit à l’image, ça s’appelle. Mébon, j’suis prête à faire une exception pour cette fois, juste pour que tu voies à quel point j’ai de l’élégance.

Y en aura pas de facile.

Y a des jours où je la prive délibérément de mon auguste personne. Je garde mes distances, j’accepte absolument aucun contact, je la fuis quand elle s’approche.

Pis le lendemain (j’suis obligée de le reconnaître), j’suis en manque pis j’me comporte comme si je l’aimais.

Well, c’est pas que je l’aime pas, mais bon… C’est compliqué.

En tout cas.

Là, faut que je t’annonce une immense bonne nouvelle: RATATOUILLE EST REVENUE!

J’suis toute ratatouillée, hahaha!

J’comprends toujours pas pourquoi ou comment elle avait disparu, mais le principal, c’est qu’on se soit retrouvées.

On a joué comme des folles.

Je lui ai rien dit mais, pendant son absence, j’ai quand même découvert des jouets intéressants, pis le jeu du monstre sous-marin, finalement, c’est l’fun mais y a autre chose dans la vie.

J’espère qu’elle m’en voudra pas. En tout cas, elle est sûrement moins fatiguée que moi.

Perso, j’suis mourute écrapoutie dans mon fauteuil préféré, bonsoir, bonne nuitte.

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Le journal de Sissi (11)

Oooohhh, misèèère.

J’ai lâché toutes mes défenses. J’me suis comportée comme une moins que rien. MOI, l’impératrice Sissi de Rosemont!

J’me suis roulée à terre, j’ai quêté des caresses, j’ai roucoulé, j’me suis laissé toucher les pattes, le ventre, le cou, la tête, j’ai même suivi la tatie partout où elle allait dans la maison.

J’ai tellement honte!

Je comprends pas ce qui s’est passé.

C’est vrai que je donnerais n’importe quoi pour jouer avec Ratatouille, et j’ai compris maintenant que la tatie et elle ne font qu’une. Fait que j’ai tanné la tatie une bonne partie de la journée pour ça avant qu’elle allume enfin. Le bon côté, c’est que j’ai eu un supplément de croquettes (YESSSS!).

Je sais pas si je l’ai déjà dit: j’suis petite, mais j’suis futée.

Ça fait qu’on a eu encore ben du fun à mon jeu préféré, même si la tatie a essayé par tous les moyens de m’intéresser à ce truc débile que je t’ai montré hier, ou à une balle qui était sympa mais qui répondait pas trop. Y a que Ratatouille qui me fasse tripper autant

En tout cas.

Une autre affaire qui me tracasse, c’est que l’arbre qui était vert et qui est devenu jaune est en train de se déplumer comme le dernier oiseau que j’ai mangé (j’étais vraiment jeune mais j’avais vraiment faim, et c’est pour ça que je m’en souviens: c’était pas beau à voir).

Je passe des heures à regarder s’envoler ses feuilles et je voudrais les attraper pour les garder, mais quelque chose me retient. Je sais pas quoi.

En tout cas. C’est peut-être pas si important que ça. J’suis en train de me rendre compte que j’suis pas tombée dans une si mauvaise maison, après tout. La tatie est fatigante (a pourrait-tu juste me laisser dormir, des fois?), pis a me tanne avec mon vocabulaire (on s’est parlé, j’suis d’accord pour qu’elle te publie, mon cher journal, mais faut que j’fasse attention, estie) (oups, pardon). Elle a pour son dire que si j’veux devenir une vedette internationale, j’ai pas le choix.

J’avoue que c’est tentant. De mon côté, je lui ai fait promettre de pas me censurer sur le reste.

Ne m’en veux pas, ma survie en dépend.

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Le journal de Sissi (7)

Heille.

J’sais pas combien de temps ça va durer, elle et moi.

Comme j’ai dit, depuis mon erreur stratégique d’hier, j’ai pris mes fuckin’ distances. C’est la mode en ce moment, y paraît, de garder ses distances, mais tsé bin que j’me crisse de la mode, c’est juste un adon.

J’essaye juste de suivre mon plan.

Donc, aujourd’hui, pas de câlins, pas de finesses, rien pantoute. She will have to behave, comme aurait dit mon premier et seul amant, un Anglo du West Island.

C’tait même pas l’fun tant que ça, d’ailleurs, si j’peux me permettre — avec lui, j’veux dire. On était deux innocents, on a fait ça n’importe comment, pis y s’est évidemment poussé après comme un cave, pis j’me suis ramassée enceinte pis j’ai été obligée de m’débrouiller toute seule, mébon, je m’égare.

Pas la première fois, tu me diras.

Pfffffff. Ça, c’est vraiment un commentaire non sollicité.

Bref, c’est pas l’fun tant que ça non plus d’éviter la tatie, franchement.

Me frotter aux murs, aux meubles, à tout ce qui bouge pas, ouais, ça met mon odeur partout, mais c’est pas comme quand je me laisse (un peu) gratter la tête.

En fait, j’avoue que j’ai encore super peur de ses mains, mais chépas pourquoi. Ça doit remonter à ma petite enfance ou chépas quoi, pis tanne-moi pas avec ça.

Fait que j’te dirais que j’ai eu une journée ordinaire.

Et donc elle aussi.

On est quittes.