Un jour, j’aurai mon propre blogue (mon journal, chapitre 27)

Je l’achale, je la tanne, je la harcèle, elle va finir par comprendre. JE SUIS UNE PERSONNALITÉ! Je veux mon propre blogue!

Par-dessus le marché, c’est elle qui a dit que je deviendrais certainement une vedette internationale, ça fait que HEILLE! GROUILLE! Me semble que c’est pas trop demander?

Mais bon, c’est vrai que la tatie est un peu lente. Je l’ai vue ramer aujourd’hui avec son estie de machin devant lequel elle passe le plus clair de son temps. Elle essayait, d’après ce que j’ai compris, de communiquer avec deux autres taties qui avaient un accent vraiment bizarre. Elle a fini par y arriver, pis là, elle a passé une heure et demie à jaser avec ces deux madames-là.

Tout ce temps-là, moi, j’attendais comme une bonne.

Elle a voulu prendre une photo de moi pour leur montrer comment je suis irrésistible. Hahaha! Bonne chance! Elle a pas réussi, t’imagines bien.

Après, quand elle a eu enfin fini cette interminable conversation, elle s’est préparé une friture de petits poissons qui sentaient le ciel. Mais tu croiras pas ça: elle a osé ne m’offrir que les têtes et les tripes des petits poissons. VOYONS! Si je les mange pas, elle fait quoi avec? Elle les crisse aux poubelles! Est-ce que j’ai l’air d’une poubelle?

J’ai levé le nez là-dessus, comme il se doit.

Elle a pas fini de m’entendre.

En tout cas.

Au moins, aujourd’hui, elle a beaucoup joué avec moi, même si c’est jamais assez à mon goût. On va finir par se faire une vie, mais estie que c’est de l’ouvrage. J’arrête pas d’essayer de l’éduquer. J’pensais que, après avoir sevré mes quatre petits crisses de chenapans, j’aurais enfin la paix, mais on dirait que ça finit jamais.

Y en aura pas de facile.

Pis oui, je dis beaucoup de gros mots, mais c’est sa faute: a tient pas ses promesses. Fait que j’vois vraiment pas pourquoi j’me censurerais.

En tout cas. J’vais me coucher, pis j’peux te garantir qu’elle sera debout à 5-6h demain matin pour me donner des croquettes.

D’ailleurs, ça, c’est un autre contentieux (ben oui, CONTENTIEUX, j’t’ai déjà dit que j’ai des lettres! Cherche dans le dictionnaire!).

Elle prétend que j’vais devenir grosse si elle m’en donne plus. Aujourd’hui, elle a réussi à s’emparer de moi pour me peser. Je pèse apparemment tout juste 5 livres. Soit 2,68 kg. Elle dit que, selon les indications du sac de croquettes, elle peut pas m’en donner plus de 50g par jour.

Estie que c’est cheap.




Le journal de Sissi (7)

Heille.

J’sais pas combien de temps ça va durer, elle et moi.

Comme j’ai dit, depuis mon erreur stratégique d’hier, j’ai pris mes fuckin’ distances. C’est la mode en ce moment, y paraît, de garder ses distances, mais tsé bin que j’me crisse de la mode, c’est juste un adon.

J’essaye juste de suivre mon plan.

Donc, aujourd’hui, pas de câlins, pas de finesses, rien pantoute. She will have to behave, comme aurait dit mon premier et seul amant, un Anglo du West Island.

C’tait même pas l’fun tant que ça, d’ailleurs, si j’peux me permettre — avec lui, j’veux dire. On était deux innocents, on a fait ça n’importe comment, pis y s’est évidemment poussé après comme un cave, pis j’me suis ramassée enceinte pis j’ai été obligée de m’débrouiller toute seule, mébon, je m’égare.

Pas la première fois, tu me diras.

Pfffffff. Ça, c’est vraiment un commentaire non sollicité.

Bref, c’est pas l’fun tant que ça non plus d’éviter la tatie, franchement.

Me frotter aux murs, aux meubles, à tout ce qui bouge pas, ouais, ça met mon odeur partout, mais c’est pas comme quand je me laisse (un peu) gratter la tête.

En fait, j’avoue que j’ai encore super peur de ses mains, mais chépas pourquoi. Ça doit remonter à ma petite enfance ou chépas quoi, pis tanne-moi pas avec ça.

Fait que j’te dirais que j’ai eu une journée ordinaire.

Et donc elle aussi.

On est quittes.