Le journal de Sissi (15)

Salut.

Ça va mal.

Mon plan est en train de dérailler solide.

Aujourd’hui, la tatie a joué avec moi et Ratatouille pendant chépas combien de temps (voyons, j’t’ai dit que chuis pas bonne pour compter le temps!), mais en tout cas vraiment longtemps, pis on a eu un fun noir.

Pourquoi on dit ça, un «fun noir», au fait? D’où ça vient?

J’ai ma p’tite idée, mais j’te laisse réfléchir là-dessus. Penses-y ben comme faut.

En tout cas, on a eu ben du fun.

Mais elle finit toujours par s’arrêter pis me laisser à moi-même.

C’est une forme d’abandon! C’est limite un mauvais traitement! Je songe à me plaindre à la SPCI. Oui oui: la Société pour la prévention de la cruauté envers l’Impératrice.

Comment ça, ça existe pas? Tu vas voir que ça va exister dans pas long.

Enfin, bref, à force de me faire abandonner, j’ai fini par être obligée de m’intéresser au jouet débile qu’elle m’a présenté sans que je demande rien.

Pis c’est là que j’me suis fait avoir.

J’me demande vraiment comment tout ça va finir.

Le journal de Sissi (14)

C’est pas pour me vanter, mais je suis en train de rendre la tatie complètement accro à ma délicieuse personne.

Elle fait tout c’que j’veux, hahahahaha!

Mais le plus important, c’est que MOI, Sissi impératrice de Rosemont, je fasse exactement tout ce que JE veux. Hier, je l’ai comblée de câlins et de ronrons. Je lui ai même donné quelques bisous avec mon irrésistible petit nez de satin rose.

Aujourd’hui? RIEN!

Bon, oui, OK, je me suis un peu roulée par terre pour lui montrer ma belle petite bedaine blanche, mais PAS TOUCHE!

Mes chums de ruelle m’ont appris que c’est comme ça qu’on se fait une clientèle.

Pis d’abord, c’est un juste retour des choses parce que la tatie arrête pas de me priver de Ratatouille. Elle joue 15 minutes ici et là, pis elle m’abandonne. Ça fait que quand j’dis qu’elle fait tout ce que je veux, c’est pas encore tout à fait vrai. Mais elle perd rien pour attendre. Elle a pas le droit de me faire ça! J’veux dire, si elle joue pas avec moi à Ratatouille, c’est moins l’fun. Pis j’ai le droit d’avoir du fun après tout ce que j’ai vécu, pis elle m’a toujours ben pas adoptée pour m’abandonner, sacrament!

OK, j’sais que j’dis beaucoup de gros mots, la tatie arrête pas de me reprendre en me répétant que si je veux devenir une vedette internationale, faut que je soigne mon langage pis toute.

Blablabla…

Mais well, devenir internationale, quand même, pour une chatte de ruelle… Ça serait une consécration! J’gagnerais peut-être des prix, on sait pas.

En tout cas.

Pour changer de sujet, j’veux juste te dire que, hier soir, la tatie a laissé ouverte la mince petite grille qui me sépare du grand dehors. Pas longtemps, pis sans doute par accident, mais heille. J’peux-tu te dire que j’en ai profité? J’ai juste eu le temps d’explorer un peu le territoire immédiat et de humer l’air. Ça sentait toutes sortes d’affaires, j’aurais perdu la tête si la tatie m’avait pas rappelée. J’suis rentrée vite vite parce que, au fond, j’aime pas trop l’insécurité, tsé.

Même si la tatie m’énarve souvent, j’dois reconnaître qu’elle me veut pas de mal. Elle me nourrit, elle recueille mes cacas et mes pipis comme si c’était de l’or, pis elle me gratte doucement le menton quand je la laisse faire (et oooohhh, mon doux que c’est dououououx!).

Ça fait que j’sais pu trop où j’en suis, pour te dire la vérité.

Là, j’sens qu’elle est sur le point d’aller se coucher, pis moi aussi. Reste à savoir si j’vais la rejoindre ou pas.

HAHAHAHA! Tu penses vraiment que j’suis rendue là? Voyons! Pour qui tu me prends?

Le journal de Sissi (13)

Ça, c’est moi à moitié morte. C’est une mauvaise photo parce que même à moitié morte, j’me laisse pas photographier facilement. Le droit à l’image, ça s’appelle. Mébon, j’suis prête à faire une exception pour cette fois, juste pour que tu voies à quel point j’ai de l’élégance.

Y en aura pas de facile.

Y a des jours où je la prive délibérément de mon auguste personne. Je garde mes distances, j’accepte absolument aucun contact, je la fuis quand elle s’approche.

Pis le lendemain (j’suis obligée de le reconnaître), j’suis en manque pis j’me comporte comme si je l’aimais.

Well, c’est pas que je l’aime pas, mais bon… C’est compliqué.

En tout cas.

Là, faut que je t’annonce une immense bonne nouvelle: RATATOUILLE EST REVENUE!

J’suis toute ratatouillée, hahaha!

J’comprends toujours pas pourquoi ou comment elle avait disparu, mais le principal, c’est qu’on se soit retrouvées.

On a joué comme des folles.

Je lui ai rien dit mais, pendant son absence, j’ai quand même découvert des jouets intéressants, pis le jeu du monstre sous-marin, finalement, c’est l’fun mais y a autre chose dans la vie.

J’espère qu’elle m’en voudra pas. En tout cas, elle est sûrement moins fatiguée que moi.

Perso, j’suis mourute écrapoutie dans mon fauteuil préféré, bonsoir, bonne nuitte.

Le journal de Sissi (12)

Dure journée aujourd’hui.
Ratatouille a disparu.
J’avais tellement de fun avec elle, pis la tatie m’obéissait chaque fois que je la tannais pour jouer (pis je peux être vraiment, mais VRAIMENT tannante)…

La première fois que j’ai pensé l’avoir perdue, je l’ai trouvée sur une commode (demande-moi pas comment elle avait fait pour aboutir là), et je l’ai ramenée sous le divan comme d’hab. Mais la tatie a pas voulu jouer, pis là, c’est fini, je l’ai perdue pour de bon.

Je l’ai cherchée partout, j’ai couru comme une folle de haut en bas de la maison, j’ai tchecké du haut de la mezzanine, d’où je vois quand même une bonne partie de la place, j’ai chialé comme une malade, j’ai voulu manger les coussins, j’ai essayé de me glisser sous le tapis pour voir si elle était là, rien à faire.

La tatie a essayé de m’intéresser à son estie de jouet poche (le bleu avec des balles), pis chaque fois que j’allais me cacher sous le divan pour jouer au monstre sous-marin, elle se relevait (parce que oui, quand même, elle se met à quatre pattes à terre pour jouer avec moi, imagine, hahaha!) et elle m’annonçait que c’était fini les jeux sous le divan. Voyons!? C’est quoi son problème avec le dessous du divan?

Je l’ai essayé, son jouet poche. Y est pas si poche que ça (en d’autres circonstances, je l’aurais peut-être même aimé), mais c’est rien comparé à Ratatouille. RATATOUILLE!!!!! Où es-tu?

Là, j’me suis retirée sur la mezzanine pour bouder, je suis en beau calvaire. J’comprends pas ses méthodes d’éducation.

Elle va vivre l’enfer cette nuit, je t’en passe un papier.

En attendant, faut que je te raconte quelque chose de vraiment incroyable.

T’sais que j’suis une impératrice, ça fait de moi quelqu’un de vraiment spécial (ou c’est parce que j’suis vraiment spéciale que j’suis une impératrice, on se chicanera pas là-dessus), mais j’savais pas à quel point.

Imagine-toi donc que je suis tellement exceptionnelle et précieuse que la tatie recueille soigneusement TOUS MES CACAS ET MES PIPIS CHAQUE JOUR! Elle les met dans un petit sac POUR LES CONSERVER! Je le sais parce que je l’ai vue faire ce matin, j’en revenais pas. Wow.

Quand j’y pense, ça me console un peu de la perte de Ratatouille. Être une impératrice, j’imagine que ça implique quelques compromis.

Mais Ratatouille… RATATOUILLE!


Le journal de Sissi (11)

Oooohhh, misèèère.

J’ai lâché toutes mes défenses. J’me suis comportée comme une moins que rien. MOI, l’impératrice Sissi de Rosemont!

J’me suis roulée à terre, j’ai quêté des caresses, j’ai roucoulé, j’me suis laissé toucher les pattes, le ventre, le cou, la tête, j’ai même suivi la tatie partout où elle allait dans la maison.

J’ai tellement honte!

Je comprends pas ce qui s’est passé.

C’est vrai que je donnerais n’importe quoi pour jouer avec Ratatouille, et j’ai compris maintenant que la tatie et elle ne font qu’une. Fait que j’ai tanné la tatie une bonne partie de la journée pour ça avant qu’elle allume enfin. Le bon côté, c’est que j’ai eu un supplément de croquettes (YESSSS!).

Je sais pas si je l’ai déjà dit: j’suis petite, mais j’suis futée.

Ça fait qu’on a eu encore ben du fun à mon jeu préféré, même si la tatie a essayé par tous les moyens de m’intéresser à ce truc débile que je t’ai montré hier, ou à une balle qui était sympa mais qui répondait pas trop. Y a que Ratatouille qui me fasse tripper autant

En tout cas.

Une autre affaire qui me tracasse, c’est que l’arbre qui était vert et qui est devenu jaune est en train de se déplumer comme le dernier oiseau que j’ai mangé (j’étais vraiment jeune mais j’avais vraiment faim, et c’est pour ça que je m’en souviens: c’était pas beau à voir).

Je passe des heures à regarder s’envoler ses feuilles et je voudrais les attraper pour les garder, mais quelque chose me retient. Je sais pas quoi.

En tout cas. C’est peut-être pas si important que ça. J’suis en train de me rendre compte que j’suis pas tombée dans une si mauvaise maison, après tout. La tatie est fatigante (a pourrait-tu juste me laisser dormir, des fois?), pis a me tanne avec mon vocabulaire (on s’est parlé, j’suis d’accord pour qu’elle te publie, mon cher journal, mais faut que j’fasse attention, estie) (oups, pardon). Elle a pour son dire que si j’veux devenir une vedette internationale, j’ai pas le choix.

J’avoue que c’est tentant. De mon côté, je lui ai fait promettre de pas me censurer sur le reste.

Ne m’en veux pas, ma survie en dépend.

Le journal de Sissi (10)

Salut.

Je sais pas ce qui se passe, mais l’arbre devant mon poste d’observation a complètement changé de couleur depuis mon arrivée dans cette maison. Avant, y était normal, vert comme les autres. Pis là, y est rendu jaune! Mais jaune! Est-ce que c’est mon magnétisme qui fait ça? J’passe tellement de temps postée là à surveiller les oiseaux, ça se pourrait.

Soit dit en passant, oui, nous les chats, on est daltoniens. Généralement, on distingue le jaune, le vert pis le bleu. Le reste, pantoute. Sauf que moi je distingue aussi le rose pis le violet (beurk) parce que j’ai des superpouvoirs. Y a des inconvénients dans tout, on dirait.

Je dis beurk, mais j’aime Ratatouille même si elle est rose, parce que j’ai tellement de fun avec elle! Je joue au monstre sous-marin et je l’emporte dans mon antre (le dessous du divan). On rit!

Parlant de fun, la tatie m’a sorti aujourd’hui une patente tellement stupide! J’sais pas où elle a pêché ça, mais misère… Elle a l’air de trouver ça ben drôle. R’garde ça:

Je sais même pas à quoi c’est censé servir. Je la comprendrai jamais, la tatie, j’pense.

En tout cas. Elle a enfin arrêté de m’obliger à manger mes croquettes dans sa main, une humiliation suprême pour une chatte de ma qualité, impératrice par-dessus le marché!

En échange, j’me suis laissé faire une couple de câlins. C’est un marché acceptable, j’pense que mon honneur est sauf.

Ça fait que, comme j’ai beaucoup joué avec Ratatouille aujourd’hui, j’m’en vais commencer ma nuit. Watch out à six heures demain matin!

Le journal de Sissi (9)

Salut.

Aujourd’hui, il a fait vraiment chaud, c’était un temps à s’écraser, pis c’est ce que j’ai fait. J’sais pas pourquoi la tatie a décidé de sortir une machine qui fait un boucan de la mort, elle a parcouru avec ça toutes les pièces de la maison. L’enfer, j’te jure!

Après, elle a fait la même chose avec un autre truc bizarre qui faisait pas de bruit mais qui laissait le sol tout mouillé avec une odeur dégueulasse de vinaigre.

Heureusement, j’ai découvert un nouveau fief ben chill, ça s’appelle une mezzanine. Elle y va jamais sauf quand a me cherche (estie).

Quand elle a eu fini ses folies, elle était mourute, a s’est écrapoutie dans mon fauteuil pis elle a pu rien fait.

J’comprends pas sa motivation.

En tout cas, c’est pas à moi de juger.

Faut quand même reconnaître que, à c’t’heure, mon dessous de divan est acceptablement dénué de poussière. Y a sûrement un lien.

Par ailleurs, je l’ai entendue aujourd’hui parler avec une personne qui m’a semblé être sa soeur. La tatie a toutes ses conversations sur haut-parleur, imagine. J’écoute pas, mais j’suis ben obligée d’entendre. Y a des avantages et des inconvénients à ça. La tatie dit des choses qu’elle m’aurait jamais révélées. Souvent, aussi, elle parle de moi. Ça, c’est toujours intéressant.

Et là, l’interlocutrice (j’ai du vocabulaire, hein?), elle a dit à la tatie: «J’sais pas combien de temps tu vas pouvoir écrire là-dessus.»

En parlant de moi.

Wow.

Premièrement, c’est cheap parce que j’suis une source inépuisable d’histoires. Mais deuxièmement et surtout, ça veut dire qu’elle, la tatie qui voudrait que je lui fasse confiance, elle est en train d’usurper mon identité? De faire lire mon journal à du monde que j’connais pas en leur faisant croire que c’est elle qui écrit?

Ça, ça va coûter beaucoup de croquettes.

Y a toujours bin un boutte.

Le journal de Sissi (8)

Salut.

J’sais pas ce qui est arrivé dans sa tête à matin, à la tatie, mais v’là-t-y pas qu’elle a décidé qu’y fallait que j’aille dans le grand dehors aujourd’hui même.

À la base, j’ai rien contre: ouvre-la, ta porte, pis j’vais la prendre, hahaha!

Mais ç’aurait été trop simple. Bin non. Fallait qu’elle me mette un harnais, toi! Un harnais!? Pourquoi pas une laisse, tant qu’à y être?

Oh boy, j’écris ça pis j’réalise que c’est certainement ce qu’elle avait en tête: une laisse, crisse! Comme les chiens! Voyons donc! Tu m’as pas regardée!? À quoi ça sert de me donner le nom d’une impératrice si c’est pour me traiter comme une moins que rien?

Ça fait qu’elle m’a prise en traître pis elle m’a mis c’te patente-là, ben qu’trop serrée, pendant que je me débattais comme une diablesse. J’ai eu le temps de lui faire une couple de bonnes grafignes sur les mains avant d’aller me réfugier de nouveau sous le canapé.

Je peux pas dire que j’m’ennuyais de ce trou-là, non, parce que, question poussière, depuis une semaine, mettons que ça s’est pas amélioré. Pis y a rien à faire, là-dessous. Bref, j’aurais aimé mieux pas.

Mais avec ce qu’elle venait de me faire, j’avais pas le choix. Heille! Surtout pas après la journée d’hier, où on avait été bonnes copines — même que je lui avais un peu ronronné dans les oreilles sur le divan, cibole!

J’sais vraiment pas à quoi elle a pensé.

Elle non plus, sans doute, parce qu’elle s’est complètement ridiculisée, après, en essayant de m’amadouer avec des croquettes, pis avec Ratatouille (qui a déjà perdu quelques plumes), pis avec des supercroquettes. Mouahahahaha! Pour qui tu me prends, Chose?

J’ai consenti à la laisser me toucher après des excuses en bonne et due forme, et seulement quand elle m’a promis-juré-craché qu’elle m’enlèverait ce foutu machin, qu’elle avait eu le mauvais goût de choisir mauve, par-dessus le marché! Mauve! Ça me décourage.

En tout cas.

Elle me l’a enlevé, c’est tout ce qui compte. J’ai boudé encore un boutte, parce que c’est moi l’impératrice pis qu’y faut qu’elle s’en souvienne.

Donc c’est pas aujourd’hui que j’irai dehors, apparemment. Mais j’m’en fous. Si c’est pour y aller en laisse, j’aime autant rester en dedans. J’ai ma fierté.

La fenêtre est grande ouverte, la vue est belle, pis si l’autre peut me sacrer patience, toute va ben aller. En attendant, c’est retour à la case départ pour elle. J’la laisse pu approcher. Ou alors ça va lui coûter cher de croquettes.

Elle sait pas que j’suis plus patiente qu’elle, hahaha!

Le journal de Sissi (7)

Heille.

J’sais pas combien de temps ça va durer, elle et moi.

Comme j’ai dit, depuis mon erreur stratégique d’hier, j’ai pris mes fuckin’ distances. C’est la mode en ce moment, y paraît, de garder ses distances, mais tsé bin que j’me crisse de la mode, c’est juste un adon.

J’essaye juste de suivre mon plan.

Donc, aujourd’hui, pas de câlins, pas de finesses, rien pantoute. She will have to behave, comme aurait dit mon premier et seul amant, un Anglo du West Island.

C’tait même pas l’fun tant que ça, d’ailleurs, si j’peux me permettre — avec lui, j’veux dire. On était deux innocents, on a fait ça n’importe comment, pis y s’est évidemment poussé après comme un cave, pis j’me suis ramassée enceinte pis j’ai été obligée de m’débrouiller toute seule, mébon, je m’égare.

Pas la première fois, tu me diras.

Pfffffff. Ça, c’est vraiment un commentaire non sollicité.

Bref, c’est pas l’fun tant que ça non plus d’éviter la tatie, franchement.

Me frotter aux murs, aux meubles, à tout ce qui bouge pas, ouais, ça met mon odeur partout, mais c’est pas comme quand je me laisse (un peu) gratter la tête.

En fait, j’avoue que j’ai encore super peur de ses mains, mais chépas pourquoi. Ça doit remonter à ma petite enfance ou chépas quoi, pis tanne-moi pas avec ça.

Fait que j’te dirais que j’ai eu une journée ordinaire.

Et donc elle aussi.

On est quittes.

Le journal de Sissi (6)

Cher journal,

Aujourd’hui, j’ai encore dévié de mon plan. J’sais pas c’que j’ai, ça doit être les hormones, quetchose. Je r’grette d’avoir à le dire (et je r’grette surtout de l’avoir fait), mais j’suis allée la voir dans son lit à matin. Les oreillers étaient tout moelleux, elle bougeait pas beaucoup, j’m’ennuyais de chépas qui (ma mère? mes p’tits?), pis… pis… je suis allée coller mon nez sur le sien.

Tabarnak.

Là, c’est clair qu’elle va penser que j’suis en train de m’attacher. Or, mon mot d’ordre, c’est: ON S’ATTACHE JAMAIS! Parce qu’on sait jamais quand on va se faire jeter. Comme diraient mes anciens chums du West-Island: Believe me, I know what I’m talkin’ about.

Bon, en tout cas, c’est fait, à c’t’heure. Fait que tant qu’à faire, vu que tout était en train de chier solide, je l’ai laissée me prendre un peu dans ses bras, pis j’ai mangé dans sa main. Peux-tu crère ça? Avec ça, je ronronnais!

J’ai honte.

En même temps, j’ai jamais eu une maison comme celle-là. Well, c’est vrai que j’ai jamais vraiment eu de maison, sauf celle où j’ai élevé mes quatre chenapans, pis comme j’ai dit, y était vraiment temps que je décrisse de là, ça devenait lourd.

En tout cas.

Ici, y a des fenêtres à pu finir qui laissent entrer du bon air plein de toutes sortes d’odeurs de fou et d’où je peux surveiller le trafic des oiseaux. D’ailleurs, j’ai un spot dans notre chambre, y a rien qu’une petite grille mince qui me sépare du grand dehors. Je la checke souvent, c’te petite grille-là, parce que j’me dis qu’un jour la tatie va oublier de la refermer. C’est une porte qui sert beaucoup. J’attends mon heure.

Pis ce soir, la tatie, elle va avoir tout un show parce qu’y est absolument pas question qu’elle me touche. J’me frotte aux meubles, aux murs, aux fils électriques, j’me roule sur son beau tapis marocain en montrant ma bedaine, mais hey. Bonne chance pour le reste.

J’ai mes limites, tsé.