Avatar de Inconnu

Matinik tchè en mwen

Ça veut dire: Martinique de mon cœur. Enfin, en principe, hein, et sans doute Antoine, notre jeune accompagnateur, se fendrait-il discrètement la gueule (on dit «yol» en martiniquais, c’est quand même proche de yeule, non?) devant cette pitoyable tentative de kreyol.
Mais peu importe. Il sera aussi content de savoir que je reviens enchantée, au sens d’ensorcelée, de son île.
La gentillesse des gens, leur affabilité, leur façon de nous regarder en plein dans les yeux, et aussi ce créole si plein d’humour, si imagé et parfois si proche du nôtre (oui, je persiste à dire que nous parlons une forme de créole), à tout cela, impossible de résister. C’est une leçon de vie en société: à peine rentrée, je m’étonne de voir les gens que je croise marcher tête baissée ou détourner le regard pour n’avoir pas à saluer leur prochain. Je reste là comme une banane trop mûre avec mon bonjour dont personne ne veut.
En Martinique, ne pas dire bonjour aux gens est une grossièreté. Comme en Guadeloupe, d’ailleurs, où mon amie Marcelle croyait que je faisais la fière parce que je ne saluais pas les gens que nous croisions.
Exemple. Au marché, si vous dites: «Combien, les mangues?», les mangues coûteront les yeux de la tête.
Si vous dites: «Bonjour madame, comment allez-vous?», vous aurez, éventuellement, treize mangues à la douzaine pour trois fois rien, avec une recette de confiture et d’autres fruits à goûter. Qui plus est, vous aurez une amie. Bref, et ce n’est pas bref, il faut prendre le temps de parler, de s’informer, toutes choses que nous avons oubliées ici.


Curieusement, les Martiniquais qu’il m’a été donné de rencontrer n’ont que de bons mots pour les Québécois, avec qui ils ont de multiples liens: unetelle a étudié à l’université Laval, celui-ci a toute sa famille ici, un troisième y vient régulièrement pour le travail, une autre rêve d’y venir…
Il faut croire que nous ne sommes pas si inaptes (et ineptes), mais je persiste à dire que nous pouvons faire des progrès. Défi: saluez donc la première personne que vous croiserez sur le trottoir après avoir lu ces lignes. Je suis certaine que, rien que comme ça, nous pouvons créer un mouvement.
En tout cas, personnellement, plus je voyage, plus je comprends que cette ouverture à l’autre est la clé de toutes les expériences qui nous rendent meilleurs, et j’ai encore appris à ce sujet cette semaine grâce à une très jeune personne que je ne nommerai pas mais qui se reconnaîtra si elle lit ces lignes.
Avatar de Inconnu

Poulet boucané

En route pour le seul établissement Relais et Châteaux des Antilles (excusez du peu), nous nous sommes arrêtés, à ma demande expresse, à un petit boui-boui de bord de route pour manger du poulet boucané.
Mes collègues ont d’abord fait la fine bouche. «J’ai pas faim», ont-elles dit (comme si c’était une excuse!). «Ou alors juste pour goûter.»
Ah, les chochottes.

Le meilleur poulet boucané de Martinique, selon notre chauffeur. Je le crois.

Je m’enorgueillis de vous dire qu’elles ont toutes fini par en manger, là debout sur l’accotement, devant cette cabane de planches et de tôle tenue par un ami de notre merveilleux, admirable, adorable chauffeur Michel.
Oh, la chose délicieuse que voilà! Des cuisses de poulet fumées à chaud à la canne à sucre, que ça leur donne un petit goût caramélisé impossible à décrire, la peau croustillante et parfumée, la chair tendre et juteuse… On nous a servi ça sans façon, arrosé de sauce pimentée, dans du papier alu, avec quelques serviettes de papier, un gobelet de jus de canne et, évidemment, un large sourire.
Je vous jure que le repas que je viens de prendre dans ce luxueux hôtel, servi par un personnel aussi nombreux que stylé, ne m’a pas paru meilleur.
Décidément, je ne suis pas faite pour le luxe: ça m’énerve.
Je vous écris du seul établissement «Relais et châteaux» des Antilles, dans une suite dite «jardin» (la catégorie bas de gamme (il y a encore la suite de luxe et l’«exécutive», avec living-room, chambre à l’étage et piscine privée). Je m’y cogne partout comme une perruche lâchée dans une maison, je sursaute en me heurtant à moi-même dans un miroir alors que je crois sortir de la salle d’eau, je cherche en sacrant l’interrupteur de la salle de bains…
J’ai mieux aimé notre séjour chez Léon, au Morne des Cadets, un gîte rustique tenu par un personnage fascinant qui fait la promotion de l’agriculture vivrière traditionnelle, a mille histoires à raconter et fait un «rhum arrangé» littéralement hallucinant.
Bon, c’est pas tout ça, on a encore une grosse matinée de plage demain. Courage. Ça achève.

Avatar de Inconnu

La maison de Joséphine

Hier, nous sommes allés voir le lieu de naissance de Marie-Josèphe-Rose de Tascher de La Pagerie, dite Joséphine Beauharnais, première épouse de Napoléon Bonaparte.
Imaginez une grande maison créole, une véranda, des jalousies de bois verni, de multiples pièces en enfilade parcourues d’un doux vent tropical, tout cela au milieu d’un jardin planté de cocotiers, de bougainvilliers, de manguiers… Les dépendances, la plantation, les écuries… Vous y êtes?
Eh bien, vous avez tout faux! (Comme moi, d’ailleurs.)
Bon, la maison en question a bel et bien existé, mais elle a été détruite par un cyclone en 1766. Ça fait donc un petit moment.
La famille de Joséphine, quoique noble, n’avait pas l’argent pour rebâtir, apparemment parce que le bonhomme avait tout perdu au jeu. La maman et ses trois filles (le papa, officier de l’armée, ne se montrait pas souvent) ont été contraintes de se réfugier à l’étage de la sucrerie, au milieu des mouches, de la chaleur des chaudières et des odeurs de bagasse, et la maison n’a jamais été reconstruite.
Le domaine a été longtemps à l’abandon, notamment parce que les Martiniquais ne portent pas tous dans leur cœur leur célèbre compatriote, qu’ils accusent d’avoir incité Napoléon à rétablir l’esclavage dans l’île.

La statue de Joséphine à Fort-de-France, si souvent décapitée et arrosée de peinture rouge que le gouvernement a renoncé à la réparer.

C’est un passionné d’histoire qui a racheté le domaine et qui, à ses frais a aménagé un petit musée dans le seul bâtiment encore debout, où se trouvaient les communs (la cuisine, toujours séparée de la maison).
Ça se visite en un quart d’heure. Une dame vous bombarde de noms et de dates, vous ressortez de là un peu moins ignorant qu’avant d’y entrer, mais complètement estourbi et franchement désappointé.
Enfin. Il faut dire qu’il y a aussi un jardin botanique, que nous n’avons pas vu. 
La végétation dans ce pays ne cesse de me stupéfier. Des pruniers, des arbres à pain, des goyaviers, des manguiers, des cocotiers couverts de lianes, de lierre, d’orchidées et de mousse, avec des fleurs comme on ne pourrait même pas en imaginer… Tout pousse sur tout ce qui pousse, partout, tout le temps. C’est vert vert vert, on se repose rien qu’en regardant.

C’est sans parler des plantes médicinales, qui donnent envie de ficher au panier toutes les saloperies qu’on nous prescrit et de déménager.
Aujourd’hui, quartier libre, je m’en vais m’étendre là, juste là, à l’ombre, devant la mer, et n’en plus bouger jusqu’au signal du départ.

Avatar de Inconnu

Martinique

Me voici donc en Martinique, aux frais de l’Office du tourisme. Je ne voudrais surtout pas avoir l’air de me plaindre, mais cinq heures et demie de vol, ça me paraît longuet. Quoi ! C’est le même temps que pour se rendre à Londres ! Avec cela que, pour les vols dits continentaux, les transporteurs ne servent plus de repas – enfin, oui, mais moyennant finance, et pas à prix d’ami. Treize dollars pour un misérable plat de poulet qui a probablement la texture de la gomme à effacer, accompagné de riz et de macédoine surgelée. On se fout du monde ou quoi ?

Je subodore que, bientôt, nous devrons prévoir nous-mêmes nos réserves de papier toilette. D’ici à ce qu’on nous demande d’apporter notre chaise de jardin, il n’y a qu’un pas. 

Bref, j’y suis depuis dimanche, mais je n’ai pas eu le temps d’écrire une ligne. Nous sommes cinq journalistes ou blogueuses montréalaises, accompagnées par la version martiniquaise et masculine de la sémillante Gudrun (la guide bavaroise).

C’est un tout jeune homme prénommé Antoine, gentil, professionnel, organisé et en tout début de carrière. Ce dernier élément fait en sorte que, compte tenu de la précarité des emplois en métropole (oui, en Martinique, on ne dit pas en France puisque nous SOMMES en France), il a intérêt à mener son poulailler tambour battant, ce qu’il fait avec un doigté qui n’a d’égal que sa fermeté. Tous les matins, lever à 8h, petit-déjeuner, départ de l’hôtel à 9h, visite (d’une distillerie, d’un jardin, d’une fermette), repas, re-visite (d’une cascade, d’une plantation, d’une réserve naturelle), re-repas, dodo, et on recommence.

Demain, en principe, ce sera mieux, et samedi nous avons quartier libre.

Pour l’heure, nous mangeons et rions comme des baleines, surtout hier soir. Je ne sais pas ce que le garçon avait mis dans les apéros, mais nous étions franchement déchaînées, au grand désespoir d’Antoine, dont les patrons dînaient (ou soupaient, comme vous voulez) non loin de nous. Vous connaissez le goût des Français pour le décorum et le respect de la hiérarchie, le pauvre était dans ses petits souliers. Mais bon, nous l’avons rassuré: ses patrons, tout coincés soient-ils, ont certainement mieux aimé nous voir rigoler que nous ennuyer à 100 sous l’heure… Non?

Ah, ces Québécoises!

Je vous mettrais bien des photos, mais mes collègues et moi avons décidé de cuisiner dans la petite villa que nous occupons; elles ont commencé à préparer la salade (nous avons quartier libre aussi ce soir), et il faut que j’aille les superviser, vous savez bien.

Avatar de Inconnu

Un coup de foudre

Je savais que j’aimerais la Camargue.
En fait, c’est curieux, cela me vient d’un rêve de ma mère, que j’ai si peu connue. Elle disait: «Ah, les chevaux, la Camargue…»
Elle qui avait absolument peur d’absolument tout – notamment l’eau, les orages, les bêtes, choses inévitables en Camargue – rêvait peut-être de ce pays comme d’un idéal inaccessible.
Autant elle a eu l’intelligence de ne me transmettre aucune de ses peurs, autant elle a eu la sensibilité de me transmettre tous ses rêves. C’est donc un peu, beaucoup en son honneur que je suis allée dans ce pays beau et difficile comme un poème. Je peux maintenant dire qu’elle avait raison de l’aimer sans le connaître (comme si les rêves avaient besoin de raison!).
Quand j’ai quitté Françoise, cette femme extraordinaire qui nous a reçus comme des amis chers, traités comme sa famille, alors qu’elle ne savait rien de nous et que nous-mêmes ne savions rien les uns des autres (et peut-être de nous-mêmes), quand je l’ai quittée, j’ai pleuré un peu. Mais je me suis vite essuyé les yeux en me traitant de chochotte (ici, on ne donne pas beaucoup dans la sensiblerie, ce qui n’empêche personne d’être sensible). Elle a eu son bon sourire, celui de la femme qui comprend tout, nous nous sommes embrassées comme deux vieilles amies et je suis partie.
Maintenant, elle est condamnée à me revoir.

Avatar de Inconnu

Des hommes et des bêtes

Je ne vous l’ai pas dit mais, la semaine dernière, avec mon ami Jean et sa douce, qui sont venus me rejoindre à Nîmes, nous sommes allés voir des courses camarguaises.
La course de taureau camarguaise n’est pas à proprement parler une course, encore moins une corrida, quoiqu’elle tienne un peu des deux. Hommes et taureaux y courent beaucoup, c’est vrai. Mais le taureau n’est jamais mis à mort. Ce serait plutôt un jeu dans lequel les hommes – les «raseteurs» – tentent de s’emparer de la cocarde, des glands et des ficelles attachés aux cornes de la bête. Chaque attribut a sa valeur, et plus la joute est longue, plus cette valeur augmente en fonction des enchères qu’y mettent divers commanditaires.
«En mémoire de la petite Manon, un euro de plus – les quincailleries du Sud, un euro de plus – Marcel Pignon, grand chasseur devant l’éternel, porte le premier gland à 20 euros», débite l’annonceur avec son bel accent de soleil. Dans les gradins, ça rigole, ça prend des notes, ça s’interpelle…
Le raseteur qui décroche l’attribut remporte la mise. Au bout d’un quart d’heure, le taureau est retiré de l’arène et, si personne n’a réussi à prendre les ficelles (les plus difficiles à décrocher), la somme en jeu va dans la caisse du club taurin.

Un bon cocardier meurt de sa belle mort dans sa manade (l’élevage). Si son propriétaire l’avait en grande affection, il sera enterré, DEBOUT, au lieu d’être lamentablement envoyé à l’équarrissage comme les taureaux de corrida, qui finissent bouffés en ragoût.

Pour tout dire, j’ai trouvé cela pas mal plus passionnant qu’un match de hockey: il faut de l’adresse, de la ruse et de l’endurance, mais il n’y a jamais de bagarre ni de gestes disgracieux.

Les chevaux
Avec l’élevage des taureaux, celui des chevaux est l’autre pôle de la vie rurale camarguaise. La race camargue est d’ailleurs l’une des plus anciennes du monde. Je pars tout à l’heure pour une manade, justement, à une petite quinzaine de kilomètres d’Arles, pour un stage d’une semaine où alterneront les activités de randonnée à cheval et de travail plus technique (maniabilité, dressage, parcours de pays…).Évidemment, je vous en reparlerai…

Avatar de Inconnu

Arles (bis)

Ce matin, tournée du marché d’Arles, le plus grand de la région. Il prend possession des boulevards qui ceignent la vieille ville, des deux côtés des deux trottoirs, dans une orgie de couleurs, d’odeurs et de sons dont je ne me lasse pas. Sur quelques kilomètres donc, quatre rangées d’étals où l’on trouve de tout, du jambon artisanal «de cochonne» (!) aux fromages fermiers en passant par les olives, les poissons, le nougat et les épices, mais aussi vêtements, vaisselle, brocante et autres colifichets.

Il y a là notamment, parmi les éventaires de produits biologiques, celui de monsieur Bon, producteur de riz à la retraite mais toujours ardent ambassadeur de cette culture somme toute relativement récente en Camargue. Je l’avais vu la veille dans son petit «musée du riz», sur la route de Sambuc, où il recevait toute une basse-cour de sexagénaires fort peu attentifs, mais je n’avais pas voulu le déranger puisque je savais qu’il serait au marché.
Son étal se trouve juste devant le bureau de l’Office du tourisme.
Là, M. Bon le bien nommé distribue à qui en veut, gratuitement, juste pour le plaisir de faire plaisir, de jolies barquettes en bambou remplies de riz complet (le seul qui vaille la peine d’être consommé, comme il dit), sur lequel il dépose, avec votre assentiment, deux beaux filets d’anchois au vinaigre. Il vous offrira aussi une «banderille» d’olives et de jambon cru, et même un verre de vin, et lèvera les yeux au ciel si vous le refusez: «Oh, il est midi!»

Monsieur Bon au marché d’Arles.

Il rigole derrière ses moustaches à la gauloise, explique, interpelle, donne des bisous à ses petits-enfants, fait des blagues à double sens, on ne se lasse pas de l’observer!

J’ai bien sûr été incapable de ne rien acheter, si bien que mon bagage s’alourdira de 1 kg de riz rouge, mais aussi de 165 g de nougat blanc, de 100 g d’épices qu’on m’a vendues à prix d’or (j’en ai vu deux fois moins cher 1 km plus loin, mais bon…) et de deux paires de lunettes trop mignonnes, à ajouter à ma collection.

Après, je suis allée faire un tour au musée de l’Arles antique, où l’on expose les plus belles pièces découvertes lors des fouilles archéologiques réalisées dans la région. Pas difficile de trouver: chaque fois qu’on donne un coup de pelle, ici, on tombe sur des vestiges vieux de 2000 ans… Encore l’an dernier, on a découvert un chaland au fond du Rhône, qu’on s’affaire à sortir de l’eau pour l’exposer au musée. Il était recouvert d’amphores, d’urnes et de toutes sortes de machins pratiquement intacts. Fou, non?

Avatar de Inconnu

Arles

Il me semble que je suis arrivée à Arles comme dans un rêve. Je filais un mauvais coton, que je croyais dû à mes excès nîmois. Une bonne nuit de sommeil, me suis-je dit, et il n’y paraîtra plus.

Pantoute.

Le lendemain, j’ai dormi presque toute la journée. Je loge dans un hôtel splendide, pratiquement sur le toit d’une maison du XVIIe siècle. Ma chambre est pourvue de neuf fenêtres (NEUF!), j’ai une vue panoramique sur les toits de la ville, notamment sur le clocher du cloître Saint-Trophime, qui sonne matines, angélus et vêpres de sa cloche au timbre un peu fêlé…

Les toits d’Arles

Toits d’Arles, bis

Détail d’une colonne du théâtre romain

Je ne pouvais quand même pas me laisser mourir comme ça! Je me suis donc forcée à sortir vers 16h – au moins mettre le nez dehors, voir les arènes, quelque chose!

Rentrée tôt et épuisée, je me suis mise au lit à 21 h et j’ai dormi toute la matinée du lendemain. J’avais rendez-vous à 11h avec la dame de l’office de tourisme d’Arles, je me sentais comme un débris de déchet.

J’ai fini par aller voir un médecin hier.
Il suffit d’arriver à son cabinet et de s’asseoir. Pas de secrétaire revêche qui vous demande si vous avez un dossier ici, pas de chemises entassées dans des classeurs ouverts, pas de pauvres demi-humains exténués par cinq heures d’attente. Quand il a fini avec un patient, le médecin appelle simplement le suivant. Il serre la main de chacun avant et après la consultation, sans se désinfecter compulsivement au gel antibactérien entre les deux. Il a une moustache en guidon de bicyclette, son bureau sent la fumée de cigarette, il a un bon regard de saint-bernard.
Il m’a écoutée gentiment. «Oui, oui, sans vous connaître, je vois bien que vous avez l’air fatiguée.» Il m’a posé plein de questions, m’a auscultée comme plus aucun médecin ne fait chez nous, a trouvé que je faisais un peu d’hypertension et m’a prescrit un petit machin pour faire diminuer ça. Calme, attentif. «Il faudra quand même consulter quand vous rentrerez, pour vérifier tout ça.
– Merci beaucoup docteur, je vous dois combien?
– 23 euros.»

Y a des jours où j’aimerais mieux payer, tiens.

Bon, Arles, maintenant. J’ai fini, à force de coups de pied au cul (s’cusez) par explorer la vieille ville de fond en comble, notamment avec une guide très intéressante qui m’a montré plein de trucs qu’on ne voit pas au premier regard. (Le défi, maintenant, c’est de marcher le nez en l’air pour ne rien rater sans me casser la margoulette.)
Nous sommes même entrées chez un monsieur qui habite un hôtel particulier du XVIIe siècle, qui était sur le pas de sa porte pour appeler sa chatte, Merveille. Il nous a montré le plafond de bois peint à la mode florentine, à l’étage dit «noble».  Merveille aussi, en vérité.

J’ai recommencé à bouffer, ce qui est bon signe, mais je pense que même à l’article de la mort je finirais par avaler un petit quelque chose. J’ai notamment mangé hier une cervelle d’agneau en persillade, oh, mes amis! Fondante, crémeuse, onctueuse… Quoi? Beurk? Allons, vous ne savez pas ce qui est bon. Et un peu de cervelle ne saurait me nuire.

Aujourd’hui, je me suis encore botté le derrière, j’ai pris mon courage à deux mains et, de l’autre, le volant d’une Renaud Mégane (y avait pas plus petit), et je suis allée explorer l’arrière-pays. J’ai vu des flamants roses, des rizières, des montagnes de sel et des paysages de Van Gogh en trois dimensions. Et je ne prends même pas de drogue.

Près des marais salants

Montagne de sel

Montagne de sel (bis)
Van Gogh en 3D
Flamants roses à la Digue-à-la-Mer

Sur la route de Salin-de-Géraud

Je ne veux pas de Renaud Mégane (ça n’est absolument pas économique), mais je veux un GPS pour Noël. Avec une voix d’homme.

Bon, je vous laisse, j’ai un petit creux.

Avatar de Inconnu

Nîmes

Trop belle, la ville de Nîmes, et trop gentils les gens! Je logeais au Royal Hôtel (pourquoi pas l’Hôtel Royal? mystère), qui fait aussi bodega le soir, c’est-à-dire qu’on y sert des tapas, que la moitié de la ville s’y retrouve et que, comme le dit la patronne, c’est chaud!
Samedi, j’ai marché au hasard des rues pour trouver un resto où manger un morceau. Le vieux Nîmes se traverse en quelques minutes, c’est assez petit, tout dallé de vieilles pierres polies par les années. Il a la forme d’un triangle avec, à l’un des angles, les arènes (spectaculaires), à un autre la «maison carrée» et au troisième la porte Auguste. Facile!
J’ai donc échoué au Petit Mas, minuscule troquet qui empiète largement sur le trottoir et dont le personnel, plus que débordé, a quand même trouvé le moyen d’être gentil, sympa et rigolo. J’ai mangé une «gardiane de taureau» – en fait une viande en daube, correcte sans plus.
Quand je suis rentrée à l’hôtel, Audrey, la patronne, m’a gentiment offert de m’emmener aux halles le lendemain dimanche. Ce que nous fîmes.
Alors là. Là! Bon, vous connaissez mon goût pour les marchés, ceux de France en particulier… Les Halles de Nîmes sont bien proprettes, animées d’une vie particulière le dimanche matin (tous les magasins sont fermés ce jour-là). On y trouve tous les produits habituels et d’autres encore qu’on ne connaît pas: couenne en terrine (oui, juste de la couenne, et c’est délicieux!), picholines (les olives locales), tellines (minuscules coquillages apprêtés à la crème et à l’ail, qu’on mange avec les doigts sans pouvoir s’arrêter), brandade de morue aussi onctueuse qu’une crème du paradis…
Mais le clou de l’affaire, c’est que, quand on a fini ses courses, on se retrouve au Comptoir des Halles, un café juste en face du marché. Là, les gens déballent qui un paquet de jambon serrano, qui un sachet d’olives, un morceau de bleu, un pot de brandade, du pain acheté au poids au Panissain, on met tout ça sur le comptoir où officie Gérard, le propriétaire, et on partage. Gérard débite les verres de rosé à 1€, les «fœtus limés» (demi-whisky-limonade!), les pastis, prend une bouchée de quelque chose de temps à autre…
À l’heure de fermeture du marché, l’ambiance est à son comble, le bar est si plein qu’on a du mal à y circuler. Ça se salue, ça envoie des piques, ça offre une tournée… N’allez pas vous en tenir au Perrier, on vous regardera de travers: «Avé toutes ces bonnes choses, il faut du vin!»
Il y a Laurent, artiste-peintre, Dominique, qui affirme sans sourciller qu’il est ostéopathe mais que son vrai métier d’homme, c’est d’aimer les femmes. Il y a aussi Geneviève, dite Gene (prononcer «geneu»), patronne de l’un des rares restos nîmois ouverts le dimanche soir, où j’irai manger plus tard. On me présente Jean-Pierre, propriétaire de casino ambulant, on parle corrida, flamenco… bref, l’ambiance est à tuer.
Il a fallu une sieste de plusieurs heures pour me remettre de cette frénésie avant d’aller rejoindre Geneviève au Bistro Maubet, où se trouvaient déjà quelques clients au bar, à qui je me suis jointe comme une vieille connaissance.
Pfiou.
Arrivée à Arles hier, je n’en ai presque encore rien vu, mais je sais que c’est superbe rien qu’en regardant par l’une des 12 fenêtres de ma chambre, tout en haut d’une très vieille maison du XVIIe siècle.
Je vous en reparlerai…

Avatar de Inconnu

Savoir-vivre

Arrivée vers 15h à Munich, hier, après un dîner avec deux responsables de l’aéroport, lequel est, en vérité, certainement le seul au monde où l’idée de tuer quatre heures n’est pas désagréable: boutiques de toutes sortes aux prix du centre-ville, authentique brasserie artisanale avec biergarten arboré dans un immense atrium, resto bavarois pas mal du tout…
Quoi qu’il en soit, avec tout ça, je ne suis arrivée à Munich qu’assez tard en après-midi – trop tard, en tout cas, pour aller voir la pinacothèque, où se trouve la collection de Rubens la plus importante au monde. Au MONDE! Je n’ai pas osé y entrer, je craignais de n’en jamais ressortir.
Je me suis donc contentée d’écumer quelques grands magasins – deux, en fait. Et partiellement. Le premier, Karstadt, doit faire au moins 15 pâtés de maisons. Bon, j’exagère, mais c’est si immense que même moi, championne magasineuse toutes catégories, je me suis découragée. Il faut dire qu’il n’y avait pas de soldes. J’ai ma fierté, quand même.
Après, j’ai échoué aux Galeries Kaufhof, où j’ai éprouvé le même vertige, d’autant plus que là, il y avait quelques soldes, notamment sur les pulls de cachemire. Mais avec mes hormones en grève, que voulez-vous que j’en fasse?
J’ai bien failli craquer pour une paire de chaussures (encore!), mais je me suis retenue – ma valise ne peut plus prendre ne fût-ce qu’un lacet. Je songe d’ailleurs à me renvoyer par la poste quelques trucs dont, dans ce merveilleux climat provençal, je n’aurai plus besoin, histoire de faire de la place.

Enfin.

J’ai donc arpenté la grande rue piétonne qui va de la gare centrale à la Marienplatz, qui grouillait de monde et de vie. Les villes européennes me séduiront toujours pour cela, ce mode de vie si convivial, où les gens se retrouvent à l’heure de l’apéro pour une bière, un café, une glace, emplissent les rues et les terrasses de conversations et de joyeuses interpellations…
Devant un grand magasin, un orchestre de chambre jouait. Avec un piano à queue! Dehors à l’extérieur au grand air sur le trottoir!

Une petite foule s’était massée, attentive, et de temps en temps quelqu’un allait jeter une pièce dans l’étui à violon posé par terre. Un piano à queue, faut le faire, non?
Il y a même des terrasses où l’on met des couvertures de laine polaire à la disposition des clients pour les protéger du froid. J’appelle ça savoir vivre.

Joies du train de nuit
Je dois le confesser, j’avais une hâte terrible de gagner mon compartiment couchette, dans le train de nuit pour Paris. La chef du wagon, une bonne grosse matrone à l’anglais approximatif et d’une gentillesse totale, a patiemment répété à chaque passager le fonctionnement des divers boutons des compartiments, a noté l’heure du petit-déjeuner de chacun, gut nacht, danke shön.

J’ai fermé ma porte, j’ai lu un peu et je me suis coulée avec délices dans de beaux draps blancs amidonnés, où j’ai dormi comme rarement dans ma vie.

Je me suis réveillée au matin, fraîche comme une rose, pour recevoir l’infâme petit-déjeuner gracieusement offert par la Deutsche Bahn – un café dégueulasse additionné de simili-lait, un croissant au gras trans sous cello, de la margarine, de l’ersatz de confiture, un petit pain rassis et une sorte de pâté qui sentait la nourriture pour chiens. On se croirait encore en temps de guerre.

Séduction à la française
Je suis maintenant à Nîmes, dans un très vieux et très charmant hôtel dont la salle à manger fait dans les tapas. C’est là que j’ai soupé, bien tranquillement, en lisant le roman allemand que nous avait conseillé une de nos guides à Schongau.
Un monsieur est venu me raconter toute une salade, comme quoi il me «mâtait» (sic) depuis un moment, et que j’étais très séduisante (!?) et qu’il aurait bien aimé passer un moment avec moi mais qu’il devait souper avec des amis, et est-ce que je serais là plus tard?
Pantoute, mon homme. Matante s’en va se coucher. Toute seule.

Mais c’est quand même bon pour l’ego d’une femme. Québécois, prenez des notes.

Demain, visite de la ville avec une chargée des relations de presse de l’office du tourisme. Pas moyen d’être tranquille…