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Fiesta à Mérida

Ballet folklorique de Mérida

Hier, comme tous les lundis sur la grand-place de Mérida, c’était la Vaquería, une fête qui réunit danses traditionnelles et déclamations héroïques à la gloire du Yucatán.

Ça m’a rappelé mes jeunes années, aux temps glorieux où j’étais danseuse étoile dans la célèbre troupe folklorique Les Farandoles, à Chicouticou.

Bon, danseuse étoile…

En tout cas. J’ai eu mal aux muscles de la face à force de sourire de ravissement. Que voulez-vous, moi, ces choses-là m’enchantent.

Après, je me suis offert une marquesita, une sorte de crêpe très fine et croustillante (on dirait l’ancêtre des cornets sucrés qu’on a chez nous), que l’on farcit traditionnellement d’edam (qu’on appelle ici queso de bolla, soit «fromage en boule»). importé directement des Pays-Bas. C’est une bizarrerie que je ne m’explique pas.

Avec le temps, des garnitures se sont ajoutées – bananes, fraises, Nutella, lait condensé sucré (lechera), confiture, crème fraîche, fromage Philadephia… J’ai tenté le tout pour le tout et j’ai essayé fraise-edam (le plus loin que je pusse aller).

Ça se mange, mais je maintiens que c’est bizarre. Prochaine fois, fraise-banane-Nutella, mais pas d’edam.

Juste avant la fiesta, j’avais grimpé un escalier louche qui mène à un resto où ne vont que les locaux, justement parce que, aux yeux du touriste lambda, il passe complètement inaperçu. Il faut vraiment savoir que ça existe, mais vous me connaissez, moi l’exploratrice qui ne recule devant rien (même pas devant de l’edam dans une crêpe aux fraises), je n’ai écouté que mon instinct. Bien m’en prit!

J’ai mangé là un guacamole impeccable, servi avec amabilité par Victor, qui m’a presque demandée en mariage. Ils me font toujours rire, ceux-là.

Et aujourd’hui mardi, j’ai flâné au hasard des rues, et je me suis retrouvée dans un bazar où j’ai décidé de me faire manucurer (pour 180 pesos, une misère). Au stand à côté du mien, il y avait ce garçon qui se faisait faire les ongles les plus extravagants que j’aie vus de ma vie. C’était beau à voir!

Voilà, je vous laisse avec des images en vrac de mon vagabondage du jour. Demain, visite des ruines d’Uxmal (prononcer «ouchmal») et de deux ou trois cenotes.

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Ça chauffe au Mexique

Et ce n’est pas une question de climat. Vous avez sans doute vu les troubles qui agitent Puerto Vallarta ainsi que tout l’État du Jalisco et même celui du Campeche. Or, ça brasse aussi du côté du Yucatán. La route de Mérida à Cancún a été fermée aujourd’hui à la suite de l’incendie de trois véhicules; deux dépanneurs de la chaîne OXXO ont été incendiés à Tulúm et un autre incendie a été allumé dans un immeuble en construction près de la gare du fameux Tren Maya, à Playa del Carmen.

On verra si ça se rend jusqu’à Mérida – à ce stade, tout est possible. Mais si je dois rester prise dans une ville, autant que ce soit ici. Excusez le cliché, mais je suis amoureuse. Ça m’est tombé dessus dès que j’ai mis le pied dans «ma» rue pour me rendre au Zócalo.

Il est vrai que j’ai toujours (presque) tout aimé de ce pays. Les sons, les couleurs, les gens, l’architecture, les contrastes, la nourriture…

Bref, je Je suis arrivée à Mérida sous une pluie battante, chose très inhabituelle en cette saison. Encore tout à l’heure, alors que je baguenaudais émerveillée sur la grand-place, j’ai eu tout juste le temps de trotter jusqu’à la cathédrale avant que l’orage n’éclate. J’en ai profité pour, une fois de plus, m’étonner et m’émouvoir de la piété des Mexicains. Et pour sacrer un bon coup après les estie de curés, qui, pendant que les Mayas crevaient de faim, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de bâtir cette cathédrale, monument à l’orgueil et à l’indifférence.

En chemin vers le Zócalo, j’ai fait halte au dernier bouiboui encore ouvert du marché de «mon» quartier, où j’ai commandé deux tacos de trop. Un seul aurait suffi, j’aurais dû le savoir, moi et mon appétit d’oiseau… C’est que les tacos, ici, ne sont pas faits pour les femmelettes. Rien à voir avec ceux qu’on nous sert chez nous, qui s’avalent en deux bouchées. Je saurai pour la prochaine fois.

Beaucoup trop de tacos!

Je vous écris dans la cour intérieure de mon petit hôtel, un endroit incroyablement harmonieux où règne le chat Kiko, dont j’espère bien conquérir le coeur.

Demain, visite de la ville avec un guide de l’organisme Free Tour. Deux heures, en espagnol, sur le thème Diálogo entre el mundo maya y la ciudad colonial.

Ça promet.

En attendant, quelques images, pour que vous compreniez pourquoi je suis tombée amoureuse.

Alors on danse!
Un dimanche sur le Zócalo
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Progreso, Progreso…

Je suis arrivée ici jeudi avec en tête l’idée de me poser pendant une semaine, bien tranquille, pour profiter du soleil et de la mer avant de retourner à Mérida, une ville qui me tente depuis longtemps, et de poursuivre ensuite ma cure de soleil sur une autre plage.

Pourquoi Progreso? Allez savoir. Il y a d’autres villes en bord de mer non loin de Mérida. Mais celle-là est la plus proche, et j’avais jeté mon dévolu sur un petit hôtel bien sympa.

Si j’avais le moindrement poussé mes recherches au lieu de me fier à mes vieux fantasmes, j’aurais su que Progreso est le port par lequel transitent tous les conteneurs à destination du Yucatan, du Campeche et du Quintana Roo. En outre, des navires de croisière y déversent des centaines de touristes chaque jour au bout de ce qui serait la plus longue jetée au monde.

Il paraît que, en juillet et août, la plage fourmille de milliers de personnes.

Bon, ce moment, ça va, nous sommes hors saison, il y a de l’espace en masse, les gens sont aimables, la mer est belle et bonne, mais c’est quand même un peu triste de voir ce qu’on est en train de faire à cette petite ville. D’abord, la plage, en certains endroits, a pratiquement disparu, emportée par l’érosion due à la hausse du niveau de la mer (c’est du moins ce que m’a expliqué un lifeguard désoeuvré à qui j’ai posé la question).

On essaie de la rétablir à grands renforts de voyages de sable, mais je pense que c’est peine perdue. Donc il y a ça.

Il y a aussi le long de ce qu’il reste de plage des restos péteux qui te servent un dé à coudre de vin blanc bon marché pour 180 pesos (13$).

C’est ridicule.

Il faut savoir que, comme il n’y a aucune ombre sur la plage, on a quatre possibilités:

1. S’installer au grand soleil et rôtir comme un lechón a la parilla;

2. Apporter sa chaise et son parasol;

3. Louer une chaise et un parasol à la journée (300 pesos, soit environ 22$);

4. Trouver un resto qui a des tables et des parasols, où l’on peut passer tout le temps qu’on veut pourvu qu’on commande quelque chose.

Mon quartier général

J’ai bien sûr choisi la dernière option, puisqu’il faut bien manger et que c’est pas vrai que je vais me mettre à cuisiner mes soupers à l’hostal, où je n’ai jamais vu un chat et d’où on ne voit pas la mer.

Ça fait que je me suis échouée le premier jour à l’un des plus anciens restos de l’endroit, La Carabela. Ai-je bien fait!

La serveuse qui m’a accueillie a les cheveux coupés en brosse, des tatouages louches jusque dans le cou et un anneau dans le nez – pas un genre courant au Mexique, disons. Une soie, avec un sourire lumineux et un regard d’une rare intensité, je l’ai aimée tout de suite.

J’ai donc établi mon quartier général à La Carabela. À force, on a eu le temps de bavarder un peu – les questions habituelles, du moins de ma part: d’où viens-tu, aimes-tu ton travail, ce genre de chose.

J’ai appris que Bianca travaillait à ce resto depuis une semaine seulement, qu’elle venait de rentrer à Progreso (où elle est née) et que, avant, elle était dans une alberga à Campeche.

Une alberga, dans mon esprit, c’est une auberge, alors je lui ai demandé candidement quel était son travail là-bas. Mais elle m’a expliqué qu’une alberga, en l’occurrence, c’est un centre de réadaptation, où elle avait passé 10 mois après des années d’errance et de dépendances diverses.

À 27 ans.

Je ne l’en ai aimée que davantage. De la voir bosser comme ça, forte, debout, vaillante, ouverte, déterminée… Une guerrière. Une douce guerrière.

Alors ce soir, je lui ai fait mes adieux avec beaucoup d’affection, une propina juste pour elle et une accolade qu’elle m’a bien rendue.

Parce que, finalement, je ne resterai pas à Progreso. Je m’en vais demain à Mérida, d’où partent la plupart des excursions de groupe dans la région. J’ai besoin de compagnie.

Je vous laisse avec la chansonnette du marchand de pain ambulant, à qui je n’ai pas manqué d’acheter una barra (une baguette) et quelques pâtisseries.

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L’école

(Photo ci-dessus tirée de Google)

Hier, quand j’ai eu Fabian à moi toute seule, je lui ai demandé s’il allait à l’école. Je me disais qu’Ismaél, à qui j’avais déjà posé la question, était déjà bien trop rusé pour me dire la vérité (ou pas).

Fabian m’a raconté qu’ils y allaient tous les deux, qu’ils commençaient à 8h et finissaient à 14h, d’où leur présence sur la plage à l’heure où j’y arrive (avant ça, il fait trop chaud pour moi).

Si on compte bien, ça fait quand même six heures d’école, ce qui est très respectable.

Fabian m’a dit que son papa travaillait comme compagnon dans la construction, que sa mère faisait de l’artisanat à la maison.

Mais si c’était vrai, pourquoi ces gens-là lâcheraient-ils leurs enfants « lousses » sur une plage, à vendre des babioles et des colifichets à de purs étrangers qui pourraient leur faire n’importe quoi?

Je n’ai pas vu mes petits amis aujourd’hui, mais Concha (la dame qui fait de si délicieux pains aux bananes) s’est arrêtée pour causer un peu avec moi, comme elle le fait chaque jour.

Elle aussi a le don de se matérialiser soudain à mon côté. Elle pose alors sur mon épaule ou sur mon bras une main si douce, si chaleureuse, si pleine de gentillesse que je la reconnaîtrais même sans la voir.

Quand elle est arrivée, aujourd’hui, un minuscule petit garçon jouait près de moi dans le sable, son panier d’animalitos à côté de lui, un billet de 50 pesos (un peu moins de 4$) dans la main.

Il m’a dit qu’il s’appelait Victor et qu’il avait cinq ans, mais je lui en aurais donné trois.

J’ai montré le gamin à Concha; j’étais alarmée, consternée. Elle m’a dit que bien des enfants qui vendaient étaient plus jeunes encore. Elle s’est penchée sur le petit pour lui dire qu’il devait mettre son billet dans sa poche pour ne pas le perdre.

Mais Victor n’avait pas de poche.

Elle a donc tiré de ses affaires un sachet de plastique où elle a enfermé le billet, et elle a placé le tout sous les animalitos, pour que le billet ne s’envole pas au vent.

J’ai invité Concha à s’assoir un peu, et nous avons causé.

Elle m’a affirmé qu’aucun de ces enfants ne va à l’école, que leurs parents ne travaillent pas et font plus d’argent qu’elle, que ceux qui fabriquent ces babioles au Chiapas gagnent très bien leur vie.

Concha vient de Guadalajara. Elle s’est récriée vivement quand je lui ai demandé si elle venait elle aussi du Chiapas.

Je soupçonne qu’elle entretient au sujet des peuples indigenos les mêmes préjugés que nous au sujet de « nos » Autochtones.

Ça me vient à l’esprit tandis que je vous écris, je n’en sais rien du tout.

Si je la vois demain, je lui poserai d’autres questions. En attendant, je lui ai acheté un pain aux bananes, que je vais manger avec délice demain matin.

Ce sera ma dernière journée ici.

Prochaine fois, je crois bien que j’irai dans le Chiapas.

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Grand-maman

Aujourd’hui, comme hier et avant-hier et le jour d’avant, j’ai marché sur la plage et je me suis posée chez El Brujo.

Fabian et Ismaél n’ont pas tardé à me repérer et m’ont tout de go proposé une autre partie de dominos.

Bien sûr, j’ai accepté, et bien sûr, j’ai perdu. Leur façon de jouer favorise inévitablement celui ou celle qui a commencé, et je ne commence jamais, et je suis trop contente de féliciter el gañador, qui est toujours Fabian, le plus petit.

On a aussi joué AVEC les dominos, et vous n’avez pas idée de tout ce qu’on peut faire avec ces petits blocs de bois.

Au bout d’un moment, les enfants m’ont signalé la présence de leur abuela (leur grand-mère).

Ils me l’avaient déjà présentée, mais j’avoue que, parmi toutes les personnes qui arpentent la plage pour vendre leurs petites choses, je m’y perds parfois.

Aujourd’hui, donc, elle s’est assise un peu avec ses petits-fils et moi. Je ne l’oublierai plus, désormais. Son sourire tout encadré d’argent, comme ça se fait beaucoup en Amérique latine, son regard fatigué, le sac de plastique dans lequel elle transporte les animaux de feutrine brodés qu’elle offre à vendre — girafes, lions, licornes, oiseaux…

Elle s’appelle Angelina. Elle ne parle pas espagnol, ou alors seulement quelques mots.

Fabian et Ismaél nous servent d’interprètes.

Elle a 56 ans. Elle a eu sept enfants, trois filles et quatre garçons.

J’aurais dû mentir quand elle m’a demandé mon âge.

Elle m’a regardée d’un air incrédule, m’a demandé si je n’avais pas, moi aussi, mal au dos, à la tête, aux os…

Je n’ai rien trouvé d’autre à répondre que oui, bien sûr, un peu. On est restées là sans rien dire, et puis elle est repartie de son air las, parce qu’il fallait bien travailler.

Les enfants avaient envie de se baigner. C’était la première fois que je les voyais aussi joyeux, disponibles. Peut-être parce que c’était vendredi.

« Vous avez la permission de vous baigner?, ai-je demandé.

— Je vais appeler ma mère pour lui demander, a dit Ismaél. On a essayé avec mon téléphone, mais on est tombés dans le buzón (la boîte vocale), dont personne ne semble se servir ici.

Ismaél a donc couru au resto où travaille sa soeur pour demander la permission. Il est revenu tout essoufflé, triomphant, et les deux se sont déshabillés en deux secondes, ne gardant que leur short, pour se jeter à l’eau comme deux petits chiens fous.

C’était beau à voir.

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La partie de dominos

Pardonnez cette très mauvaise photo: tant la lentille de mon téléphone que mes lunettes se couvrent d’embruns au bout d’une demi-heure au bord de la mer.

Je m’en rends compte pour les lunettes, évidemment, mais j’oublie souvent le téléphone.

Peu importe: l’essentiel est ce qui suit.

Aujourd’hui, fidèle à mes petites habitudes, je me suis rendue au bar El Brujo, où je peux m’assoir à l’ombre et lire tranquille moyennant une ou deux Modelo Especial (43 pesos chacune, soit un peu plus de 3$).

Je l’ai déjà dit, j’aime cet endroit parce qu’il est fréquenté essentiellement par des Mexicains, et aussi parce que, à force, je me suis un peu attachée à certains vendeurs itinérants.

Ainsi en est-il d’Ismael et de son petit frère Fabian, à qui j’avais acheté les animalitos de la ménagerie dont je vous ai parlé l’autre jour.

Je n’avais alors pas eu la présence d’esprit de leur demander leurs noms ni de les prendre en photo.

Mais voici que désormais, quand ils passent, ils s’arrêtent pour me saluer. C’est Ismaél qui prend l’initiative: il se matérialise soudain à mon côté, et Fabian, qui le suit comme un petit chien, arrive bientôt sur ses talons. Nous causons:

— Comment a été ta journée, Ismaél? Tu as vendu un peu, aujourd’hui? — Oui. — Plus qu’hier, alors? — Oui. — Ah, je suis contente! Et qu’as-tu vendu le plus? Il me montre les animalitos.

— C’est ce que je préfère dans ta marchandise, tu sais. Je vais toujours me souvenir de vous deux grâce à ça, quand je serai rentrée chez moi.

Il me regarde de ses beaux yeux doux comme un velours, je ne sais trop ce que je dois y lire.

Les deux acceptent de s’assoir brièvement, le temps d’une petite pause, et puis Ismaél, sérieux et affairé, déclare qu’ils doivent retourner travailler.

N’oubliez pas que ces gamins ont respectivement 8 et 6 ans.

Aujourd’hui, vers 16h, Fabian arrive vers moi et me demande, de but en blanc: « Est-ce que tu sais jouer aux dominos? »

— Euhhh, oui, pourquoi?

— Tu veux faire une partie?

— Hein?

— Veux-tu jouer aux dominos avec nous?

— Ay, claro que si!

Et voilà Fabian qui sort un petit jeu de double-six, qu’il garde dans une poche latérale de son sac à dos.

Une fois l’affaire conclue, Ismaél arrive à son tour. C’est lui qui détermine les règles: qui commence, combien on pige de dominos, à qui le tour.

Les dominos sont légers et minuscules, impossible de les placer debout comme nous faisons chez nous: le vent fou du Pacifique les abat inévitablement. Les garçons me montrent comment les tenir tous dans une main, ce qu’ils font avec aisance malgré leurs petits doigts, alors que mes grosses pattes n’y arrivent pas.

Fabian ne sait pas encore très bien compter, mais Ismaél l’aide gentiment.

On a joué trois parties, je n’en ai gagné aucune.

Après la deuxième, Ismaél m’a prévenue: la prochaine serait la dernière, parce qu’ils devaient retourner travailler. Ce qu’ils firent, non sans me demander si je serais là aussi demain.

Je ne sais pas si j’ai bien fait, mais je leur ai donné à chacun une pièce de 5 pesos, pour les remercier d’avoir pris de leur temps pour moi.

Cinq pesos, ce n’est rien. Même pas 1$. Mais la question n’est pas là.

Ces enfants ne vont manifestement pas à l’école. Ismaél sait écrire son prénom et il sait compter, mais il ne peut pas (ou ne veut pas) me dire son nom de famille.

La question est surtout: que suis-je en train de faire?

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Rebonjour, Bucerías!

À peine arrivée à Sayulita, j’ai su que je détesterais cet endroit.

Médusée par les hordes de barbares qui se baladent en maillot de bain en pleine rue (VOYONS?!), par les enfilades de restaurants et d’hôtels qui ne laissent plus aucune place aux habitations (et donc aux habitants), par la furieuse pulsation qui semblait secouer toute la ville, j’ai mis deux bonnes heures, après avoir pris possession de mon lit, pour me décider à ressortir.

« Ressaisis-toi, ça doit pas être si pire », me suis-je dit.

J’ai donc marché jusqu’à la plage, où les parasols et les stations de massage s’étendent à perte de vue.

J’ai fait le tour de la place centrale, dont on ne distingue plus rien de l’architecture parce que des milliers de fanions multicolores barrent le ciel (c’est tellement festif).

Je me suis arrêtée pour manger à un boui-boui recommandé par mon hôtel pour sa cuisine authentique, où les clients, tous étrangers, se succèdent à un rythme d’usine sans se regarder.

J’ai parcouru quelques rues, où les voiturettes de golf disputent l’espace aux automobiles et aux scooters.

Et j’ai conclu que oui, c’est si pire. C’est même plus pire.

J’étais tellement découragée que je n’ai même pas pris de photos. Vous devrez donc me croire sur parole, comme pour Puerto Vallarta (c’est quand même drôle).

D’ailleurs, comparé à Sayulita, Puerto Vallarta semble une succursale de l’Éden.

Bref, après avoir acheté de quoi me bricoler un petit souper, je suis rentrée à mon hôtel pour femmes, où j’ai en effet rencontré de très belles et gentilles personnes, dont je pourrais techniquement être la grand-mère.

Elles m’ont aimablement invitée à sortir avec elles, mais je n’ai pas voulu abuser de leur grandeur d’âme. Dans tout ce boucan, avec leurs accents de l’Angleterre ou de l’Oregon et mes vieilles oreilles, sans parler des courts-circuits qui se produisent dans ma tête entre l’anglais, le français et l’espagnol, la conversation risquait de devenir beaucoup trop laborieuse.

J’ai donc tranquillement mangé mes toasts à l’avocat (je ne me lasserai jamais de ça), et j’ai résolu de rentrer à Bucerías dès le lendemain (donc ce matin même), faute de pouvoir devancer mon vol de retour sans que ça me coûte un rein.

On peut dire que ce n’est pas le plus beau voyage de ma vie.

Mais au moins j’améliore mon espagnol, la mer est tout près, j’ai de quoi lire, et quelques personnes, ici, me reconnaissent, dont José, le serveur de mon bar de plage préféré (n’espérez jamais ça à Sayulita).

Ça pourrait être pire, hein?

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Adios Bucerías

J’ai décidé de devancer mon départ de Bucerías, je pense que j’en ai fait le tour. Curieusement, je pars alors que je commençais à trouver mes marques.

J’ai eu le temps de parler un peu avec la vieille dame qui vend des pains aux bananes et au coco, celle qui vit à San Vicente. Elle s’appelle Concha, elle est vraiment drôle et fine, et son pain aux bananes est un délice. Aujourd’hui, j’ai acheté le pain au coco, je vais manger ça demain matin avec l’excellent capuchino du minuscule café au coin de la rue où j’ai déjà mes habitudes.

J’ai aussi un petit rituel et un serveur attentionné au Brujo, un bar de plage fréquenté en majorité par des Mexicains, où tout est moins cher et meilleur qu’ailleurs (j’en ai essayé d’autres, hein). Sur les conseils de ma belle amie Marianne, j’ai commandé une michelada — mélange semblable à un Bloody Caesar, mais avec de la bière au lieu de la vodka.

C’est bon, rafraîchissant et pas trop alcoolisé, parfait pour un après-midi de paresseuse à la plage.

J’ai passé tout mon temps à lire. Dans ce paradis où je me trouve, croyez-le ou non, je suis en train de lire Aucun de nous ne reviendra, un compte rendu saisissant de la vie à Auschwitz, magnifiquement écrit.

Méchant contraste.

C’est bon de temps en temps de se faire remettre les yeux en face des trous

J’ai revu les deux petits garçons (deux frères, adorables) à qui j’avais parlé la semaine dernière. Je leur ai acheté trois animalitos pour 100 pesos (environ 7,50$). Ils m’ont donné un petit cours d’espagnol pour m’apprendre à les nommer. Allais-je négocier? Je regrette seulement de ne pas les avoir pris en photo, ces deux-là. Ou mieux: dans mes bras.

J’ai aussi acheté un joli chat brodé à une minuscule jeune maman accompagnée de ses deux petites filles.

Voici donc ma petite ménagerie, avec le colibri en perlage auquel je n’ai pas pu résister non plus (ou surtout à sa vendeuse).

Je vous laisse avec ma vieille face enfin contente de son sort.

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Au marché du dimanche


Ceux qui me connaissent savent à quel point j’adore les marchés publics.

J’en ai visité des dizaines, dans toutes les villes et tous les villages où j’ai posé le pied, sans jamais me lasser.

Il y a à Bucerías un mercado municipal, mais, d’après ce que j’ai compris, il est tout nouveau et n’a pas encore complètement supplanté celui, plus informel, qui se tient tous les dimanches dans un coin un peu excentré.

Donc je suis allée faire un tour là-bas en matinée, avant qu’il fasse trop chaud.

Évidemment, on y trouve de tout: des produits frais, des vêtements, des ustensiles de cuisine, des jouets, des outils, de l’artisanat, de la nourriture préparée sur place, des casseroles, des pièces d’automobile…

Mais ce qui me fascine toujours dans ces marchés, surtout en Amérique latine et encore plus ici, au Mexique, c’est la gentillesse infinie des gens, et la fierté avec laquelle ils acceptent de se faire photographier par une Gringa qui n’a rien à leur donner en échange que son sourire.

Ce monsieur qui a fièrement pris la pose sous le regard réprobateur de sa fille.

Voici Alen, qui cueille lui-même ses huîtres et qui m’en a offert une à goûter.
Los cuatro compañeros, qui étaient trop beaux dans ce minuscule boui-boui un peu à l’écart du marché.

Je suis rentrée chez moi à moitié morte de chaleur, évidemment. Mais juste à moitié: il y a du progrès! Je commence à croire que je pourrais m’habituer à ça comme je l’avais fait au Bénin et au Niger, ou dans le désert au Maroc.

Je continue cependant de me demander pourquoi j’ai choisi cette destination.

J’ai sûrement quelque chose à apprendre.

C’est probablement ce que va me révéler mon prochain séjour, à Sayulita, dans une auberge réservée aux femmes où il y a beaucoup trop de yoga et de méditation à mon goût mais où j’espère rencontrer quelques sorcières de mon espèce (ou pas).

En attendant, j’espérais faire une excursion aux îles Marieta, un endroit apparemment magique et hyper-protégé où on peut faire de la plongée en apnée. Mais me retrouver sur un catamaran dans un groupe de 100 personnes, avec bar ouvert? Non, merci.

Donc je reste ici, bien tranquille.

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Bucerías

Cette photo, c’est ce que je vois de mon balcon.

J’entends caqueter des poules tandis que ces messieurs les coqs font des vocalises en prévision du Grand Réveil de demain matin.

Quelques chiens jappent ici et là.

Une cloche fait entendre son timbre un peu fêlé.

Des ballades sucrées émanent de la maison d’en face.

Ces bruits de vie me remplissent de joie. Je n’aurai pas ce soir à enfoncer des bouchons dans mes oreilles pour échapper au vrombissement constant de la circulation qui sévissait à Puerto Vallarta.

En fait, je regrette surtout de ne pas pouvoir laisser ouvertes porte et fenêtres ce soir pour les entendre tous: il fait une chaleur de four, et dormir sans la clim sera impossible.

Ça cuisait déjà sérieusement quand je suis arrivée, vers midi. Après avoir posé mon petit bagage dans ma chambre et repris une température normale, je me suis aventurée dans les rues incroyablement pentues et bossues de mon quartier pour acheter de l’eau et quelques fruits — deux bananes, une mangue, trois de ces minuscules limettes si juteuses, et aussi un légume que je n’avais jamais vu de ma vie, un jícama.

J’ai demandé à la dame ce que c’est et comment on l’apprête. Elle m’a expliqué que ça se mange surtout cru, avec du sel et du jus de lime (y a-t-il quelque chose, au Mexique, qui se mange sans sel ni jus de lime?).

Quand je suis rentrée, j’ai montré ça à Manuel, le proprio de la maison où j’habite, qui s’est fait un plaisir de me donner du sel et un couteau pour éplucher, et qui m’en a appris un peu plus sur le jícama (à commencer par la prononciation avec le bon accent au bon endroit).

Le goût et la texture du jícama m’ont rappelé ceux des pommes de terre de mon enfance, tout juste extirpées du jardin de mon papa et qu’on mangeait à la croque-au-sel.

J’ai donc grignoté ça sur mon balcon en lisant, parce qu’il n’était plus question de ressortir. Il faisait si chaud que je me serais consumée au bout de quelques mètres sans laisser d’autre trace qu’une petite flaque d’eau vite évaporée.

J’ai résolu de descendre à la plage vers 16h pour me baigner dans le Pacifique et, accessoirement, boire une bière: les bars de plage sont le seul moyen d’avoir de l’ombre et de se baigner sans s’inquiéter des biens qu’on laisse sur place.

Et puis il y a de l’ambiance!