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Sarah

Sarah dans sa cuisine.

Sarah est la nièce d’Adèle, la belle-mère de Gregory.

Elle a 23 ans. En l’absence d’Adèle, elle est la première levée, la dernière couchée, et trime du matin au soir. Elle prépare les repas sur un feu de bois allumé entre quelques pierres, dans une cabane de planches un peu à l’écart de la maison. C’est là aussi qu’elle lave les plats. Avec une remarquable économie de moyens, elle se décarcasse pour varier un peu le menu: bouillie de maïs le matin, poisson frit et riz-sauce pois ou spaghettis le soir… Il faut savoir que, pour la plupart des gens, l’ordinaire se compose essentiellement de riz, de poulet frit et de plantain.

Le feu de cuisson.

J’ai appris à ne rien laisser dans mon assiette. Je me rends compte que nous jetons (je jette) une quantité incroyable de nourriture, chose inconcevable ici, où même l’eau est comptée. Quand il faut marcher des kilomètres avec un seau de 5 gallons sur la tête, on économise chaque goutte.

Sarah a de la chance: si Grégory n’oublie pas, l’eau lui est livrée par camion dans une citerne derrière la maison, où elle n’a qu’à aller la puiser. Mais c’est quand même une corvée, et lorsqu’elle me verse de l’eau sur les mains afin que je les lave, sur le pas de la porte, elle laisse couler juste ce qu’il faut pour savonner et rincer convenablement.

Elle a en outre le luxe de pouvoir faire tiédir un peu l’eau du bain sur un petit réchaud électrique qui monopolise l’essentiel du courant (quand il y en a). Je dis luxe, et ce n’en est pas vraiment un: les soirées sont très fraîches, à Paillant, et je me prends à regretter de n’avoir pas emporté de vêtements plus chauds.

Sarah a lancé un petit commerce de pièces de motos, juste à côté de celui d’Adèle, où elle passe l’essentiel de ses journées une fois qu’elle a fini son ordinaire à la maison. Le samedi matin, elle a des cours d’informatique-bureautique. Elle m’a montré ses notes, en très bon français, soigneusement calligraphiées dans un cahier quadrillé: comment ouvrir un ordinateur, comment sauvegarder, copier et déplacer un fichier… la base de la base. Mais Sarah n’a pas accès à un ordinateur, vous pensez bien. Elle suit ce cours comme bien d’autres, faute de mieux, parce que le collège et l’université, il ne faut même pas y songer. De plus, elle parle à peine français. Ces notes ont vraisemblablement été copiées du tableau noir, et il y a fort à parier qu’elle ne comprend qu’à demi ce qu’elle a elle-même écrit.

De toute façon, Sarah espère se marier bientôt (dès qu’elle aura fini son cours, en fait). Son amoureux a plus de 45 ans, il a trois enfants, c’est sa femme qui en a la garde et qui habite la maison familiale. Si bien que le quotidien de Sarah ne risque pas tellement de changer: elle aura seulement une bouche de plus à nourrir — mais comme William travaille, il fera peut-être entrer un peu plus d’argent à la maison.

D’ailleurs, Adèle (et donc Sarah) a déjà un nombre indéterminé de bouches supplémentaires à nourrir… On sait, dans le voisinage, que l’on vit relativement bien chez Adèle. Aussi, pratiquement chaque matin, un voisin ou une voisine arrête dire bonjour en passant. Il ou elle reste quelques instants, parle un peu de tout et de rien et repart généralement avec un reste de spaghettis de la veille, un petit pain fourré des oeufs du matin, un plat de riz-pois collés. Ainsi de madame Léone, venue dire un petit bonjour un matin.

Madame Léone, venue dire un petit bonjour hier matin.

Comme Sarah aimait la chaînette d’argent que je portais au cou, je la lui ai offerte. Elle est si gentille et si douce avec moi, c’était bien la moindre des choses. Avant-hier, elle m’a demandé: Quand repars-tu à Port-au-Prince?
– Mercredi, ai-je répondu.
– Ah, a-t-elle fait d’un petit air contrit.
– Mais je reviendrai vendredi. Je suis ici pour deux mois, tu sais. Pourquoi me demandes-tu cela?
– Mais, a-t-elle dit, parce que je t’aime!

Hier, pendant que Gregory était à la radio, j’ai longuement parlé avec elle. C’est là qu’elle m’a raconté un peu sa vie, m’a montré son cahier… Elle m’a aussi montré les rallonges capillaires que son amoureux lui a offertes, et qu’elle fera tresser comme sur la photo du paquet avant d’aller rendre visite à ses parents, à Petite-Rivière-de-Nippes. Elle m’a invitée à y aller avec elle. J’ai dit oui.

Mon réveille-matin.
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De choses et d’autres

Je vous avais dit que, vendredi soir, Ronel, un ami de Gregory, nous avait proposé d’aller écouter des troubadours (ou du troubadour, ou le troubadour – en tout cas, sé mizik tradisyonèl, et rien que ce nom me fait craquer). Il devait nous appeler et venir nous chercher en soirée, mais on n’a jamais entendu parler de lui. 

De toute façon, à la fin de la journée, ces heures passées à me faire secouer à moto et en tap-tap dans le vacarme et les gaz d’échappement me laissent épuisée, si bien que je ne rêve plus que d’une douche et d’un peu de silence. Alors tant pis pour les troubadours.
Samedi matin, Ronel a appelé pour dire qu’on se reprendrait le soir même. En attendant, pour nous reposer (!), nous avons parcouru je ne sais combien de kilomètres à l’assaut des hauteurs de Pétionville et au-delà, jusqu’à Kenscoff, à plus de 1000 mètres d’altitude. 
Motos-taxis à Fermathe, sur la route de Kenscoff.
Nous avons brièvement visité le fort Jacques, construit après l’indépendance, d’où l’on a une vue splendide sur cet Haïti fertile qu’on aimerait voir partout. À flanc de montagne, des jardins en terrasses donnent carottes, oignons, laitues, patates douces, tomates, poivrons… Légumes que l’on ne trouve pourtant nulle part dans la cuisine populaire, essentiellement composée de riz pois collés (on appelle «pois» toutes les légumineuses) et de plantain frit, qui accompagnent la viande (porc, poulet ou chèvre) quand il y en a.

Paillant

Je vous épargne le parcours du combattant qu’il nous a fallu accomplir pour venir jusqu’à Paillant, où nous sommes arrivés en fin d’après-midi. À compter de 1940 et jusque dans les années 80, la société Reynolds y a exploité une mine de bauxite. Le sol y est couleur de rouille, la terre semble bonne, mais on n’y cultive plus rien parce que les gens préféraient travailler à la mine et que, maintenant, le savoir s’est perdu.
Depuis que Reynolds, selon la bonne habitude des sociétés minières, a abandonné les lieux après en avoir tiré tout ce qu’elle pouvait, les ressources sont rares dans cette commune de 15 000 à 20 000 habitants (ce n’est jamais clair). L’entreprise a laissé derrière elle le complexe où vivaient ses cadres, avec eau courante et électricité en permanence, des luxes que peu de gens ici peuvent espérer s’offrir un jour.
Les immeubles sont maintenant occupés par un petit hôpital, la police, la mairie et Radio Paillant Inter. Au loin, on voit la mer quand le ciel n’est pas trop brumeux. Je vous écris du studio, dont la porte est grande ouverte sur l’extérieur. Merl, le DJ, s’apprête à commencer son émission, deux heures de musique tonitruante, après quoi nous aurons (peut-être) une réunion, peut-être à 16h, avec un nombre encore indéterminé de personnes, pour discuter de ce que nous allons faire. Le comment viendra plus tard, je le devine. Surtout, ne pas s’énerver: c’est comme ça, ici.
Je loge chez la belle-mère de Greg, dans une maison de quatre pièces où l’électricité est un phénomène aléatoire. Il y a une salle de bain avec toilette et douche, mais pas d’eau courante. C’est donc, encore ici, le système du seau qui s’impose. La cuisine est une cabane de bois dans la cour, où l’on cuit les aliments sur un feu de bois ou de charbon. Comme en campinq, quoi. Des poules errent de-ci de-là, avec quelques chiens jaunes comme on en voit dans le monde entier.
Hier, nous sommes sortis écouter du kompa et boire de-twa biè (deux-trois bières). J’ai fait la connaissance de quelques bénévoles de la radio – Merl, le DJ ; Robson, directeur de la programmation ; d’autres encore dont j’oublie le nom. Ils sont tous brillants et aimables, pleins de bonne volonté. 
DJ Merl
Tous parlent un français extrêmement fleuri, avec des «fort souvent», «cela», «maintes fois» et autres «certes», qui contraste radicalement avec la simplicité apparente du kreyòl. Mais simple ne signifie pas nécessairement facile : si je commence à pouvoir émettre quelques phrases, je suis encore loin de comprendre ce qui se dit autour de moi, d’autant plus que je suis encore pas mal sourde. J’ai demandé à Greg de m’emmener voir un sorcier vaudou, c’est mon seul espoir!
Là, je vais sortir d’ici, parce que la musique de Merl va achever de me handicaper.

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Tout est relatif, surtout ici

Hier, nous avons quitté notre palace orphelin pour nous rendre au rectorat de l’Université. Nous avons descendu à pied les chemins de terre et de cailloux qui mènent à ces maisons absurdement cossues jusqu’à un carrefour où l’on peut prendre un tap-tap ou une moto-taxi. Un tap-tap, c’est une camionnette dans la boîte de laquelle on a installé deux banquettes de bois, où l’on s’entasse tant qu’on peut. Quand on veut descendre, on frappe comme un sourd sur la paroi du camion pour avertir le chauffeur, qui s’arrête dans quelques hoquets et un nuage de fumée sous les klaxons de ses innombrables concurrents. 


Attention, en descendant, à ne pas vous faire faucher par une moto. Glissez à l’auxiliaire du chauffeur quelques gourdes (1$ = 40 gourdes, le passage coûte environ 20 gourdes pour deux). Regardez où vous mettez les pieds. Souriez aux vendeuses ambulantes qui vous regardent avec curiosité. Réfugiez-vous sur ce qu’il reste d’un bout de trottoir. Ça y est, vous êtes sain et sauf.

Il faut maintenant marcher jusqu’à un bus. Essayez de choisir le moins déglingué. Dans tous les cas, il y a 20 cm d’espace entre les deux rangées de banquettes, on s’y faufile façon crabe et on s’insère dans les 30 cm qui séparent chaque siège du dossier de devant.

Bref, on a mis une grosse heure et demie de ce transbahutage pour se rendre à l’université. Ça m’a donné tout le temps voulu pour prendre de mauvaises photos et tourner un petit bout de vidéo pas très bon non plus (ça bouge trop !). Je vous les mets quand même.

Marchand de canne à sucre.

Marchands de rue.
Le bidonville Jalousie, en contrebas de la riche Pétionville.
Les tap-tap attendent les clients, les clients attendent le tap-tap.
Gregory m’avait demandé de jeter un œil au bulletin mensuel qu’il est à produire à l’intention de la communauté universitaire. Huit pages 8 ½ X 11, avec les nouvelles des facultés, tout ça. Moi, je voulais bien. Mais avant qu’on décide enfin comment on allait procéder, à qui on allait envoyer les corrections (au graphiste ? au recteur ? à la poubelle ?), il a fallu deux bonnes heures de palabres. Et prendre un café. Et fumer une cigarette. Et discuter le bout de gras avec le chef de cabinet du recteur, ou le vice-recteur, ou quelqu’un. Et avant de prendre toute décision décisive et définitive, il faut bien manger, que voulez-vous. Cabri, acras, riz pois collés, banane plantain, poulet, mersi anpil (merci beaucoup).

Il est 15 h, je m’attelle enfin à la tâche. À 16h, c’est terminé. Mais le graphiste vient de finir sa journée, et puis le recteur n’a pas encore lu les textes, et puis on a assez travaillé pour aujourd’hui. Rendez-vous demain 11h avec Jude, le graphiste, pour jeter un œil sur les dernières épreuves. 

Alors aujourd’hui, j’ai gentiment houspillé Gregory (il est adorable et on rigole bien) pour qu’on soit à l’heure. J’ai presque réussi: nous sommes arrivés chez Jude vers midi. Mais il n’y avait pas d’épreuves: Gregory n’avait pas compris qu’il fallait envoyer les textes corrigés à Jude pour qu’il puisse les mettre en page. Nous avons donc mis quatre bonnes heures à terminer le bulletin ensemble. À la fin, tout le monde était content, même moi. En fait, on a bien rigolé avec Jude, qui trouve que la typographie haïtienne souffre de majusculite aiguë (son expression). Il a bien raison. 

Gregory et moi sommes rentrés en moto-taxi. J’avais presque les fesses à l’air parce que ma robe ne me permettait pas vraiment de m’asseoir à califourchon sur une moto. Gregory rigolait derrière moi (oui, trois sur la moto; non, pas de casque; je vous ai dit que tout est relatif, n’est-ce pas?), je lui lisais à voix haute les enseignes: «Père éternel» (loterie); «La Grandeur de Dieu, provisions alimentaires»; «Qui sait la vie?» (vêtements pour dames); «Grâce divine, école de conduite»; «La Confiance» (autre loterie); et la meilleure: «Si Dieu est pour moi, qui sera contre moi? Provisions alimentaires». Les gaz d’échappement ont dû me monter au cerveau.

Je n’ai vu encore aucun Blanc, nulle part. Je suppose qu’ils se terrent dans les hauteurs de Pétionville ou dans les bureaux des ONG. À en juger par le regard étonné que les Haïtiens me jettent, ils ne doivent pas en voir souvent non plus.

Bon, je m’arrête ici, je pourrais écrire encore des pages et des pages, mais je ne veux pas vous lasser.

Ce soir, nous sortons je ne sais où écouter du «toubadour» (de la musique traditionnelle) avec un ami de Gregory. Encore des choses à raconter!






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Port-au-Prince

Première journée à Port-au-Prince. Grégory est venu me chercher à l’aéroport et il m’a aussitôt emmenée au rectorat de l’Université d’État d’Haïti, où il est chargé des communications quand il ne s’occupe pas de la radio de Paillant.
Bon, je dis «aussitôt», mais Port-au-Prince n’est absolument pas une ville où quoi que ce soit puisse se faire «aussitôt». La circulation n’est qu’une perpétuelle enfilade de bouchons dans un concert de klaxons véhéments et de pétarades. Les motos zigzaguent à travers ce chaos pour y ajouter encore un peu de folie tandis que les piétons font ce qu’ils peuvent. Le long de chaque rue, sur chaque bout de trottoir, dans chaque encoignure, des marchandes de petites choses – quelques mangues, une petite pile de vêtements, un modeste étal de chaussures – attendent le chaland ou marchent de ce pas incroyablement sûr et balancé, un énorme panier de bananes (ou de lessive, ou de je ne sais quoi) en équilibre parfait sur la tête.
Il y a partout de minuscules échoppes aux façades multicolores qui annoncent : «Bon bagay, pièces d’auto» ; «Croyance en Dieu, produits de beauté» (pour femmes désespérées ?)… 

Étonnamment, les traces du séisme ne sautent pas aux yeux, en tout cas pas partout.

Au rectorat, petit local où, depuis le goudougoudou (le séisme de 2010) s’entassent les classeurs, les bureaux, les ordis, et où la radio joue en permanence, j’ai serré quelques mains, Grégory a  discuté un peu avec les collègues et hop ! il a décrété que c’était l’heure de la Prestige.
Prestige, c’est la marque de bière locale. C’est assez éloquent, je trouve, dans un pays où les gens accordent justement tant d’importance aux apparences. Mais j’en reparlerai.
Pour l’heure, Grégory m’entraîne devant un grand portail de fer peint en bleu royal. Il cogne, quelqu’un entrouvre, il lui glisse quelques mots… nous voici dans une cour toute calme après l’étourdissant tintamarre de la rue. Il y a une terrasse, pas âme qui vive. C’est un resto-buffet, mais c’est fermé. Qu’à cela ne tienne : Grégory nous fait servir deux Prestige et, à force d’insistance, réussit à obtenir qu’on nous apporte à manger : du lambi en sauce, une salade de tomates, des frites et du plantain. 
Deux Prestige plus tard, nous sommes retournés à l’Université (gros après-midi !), où  deux collègues de Grégory m’ont questionnée fort gentiment sur ce que les Québécois pensent d’Haïti, et est-il vrai que les Haïtiens sont surreprésentés dans les prisons du Québec ? et est-il exact que l’État prélève en impôts 45% des salaires ? et on aurait pu continuer comme ça assez longtemps, mais tout à coup il a été décidé que nous rentrions chez le beau-frère de Grégory, en banlieue de la banlieue (un peu à l’extérieur de Pétionville, en fait), où nous passerons quelques jours.
Nous avons mis une bonne heure, dans le VUS d’un collègue de Gregory, à parcourir ce qui, dans des conditions «normales», ne devrait prendre qu’une quinzaine de minutes. Mais les «conditions normales», ici, n’existent pas. À la nuit tombante, les rues m’ont paru encore plus folles que dans l’après-midi. Les gens s’attroupent devant les échoppes violemment éclairées tandis que les vendeuses de rue s’éclairent à la chandelle, il s’ajoute à cette cohue des braseros où l’on fait griller des épis de maïs ou du poulet, l’odeur de fumée se mêle à celle des gaz d’échappement…
Quand la pluie a commencé à tomber – pas une petite pluie, non: un bon orage aux gouttes bien lourdes –, tout ce beau monde s’est mis à courir dans tous les sens vers n’importe quel abri. Pendant ce temps, notre gros truck escaladait des rues de plus en plus pentues et tortueuses, de surcroît ruisselantes et de moins en moins asphaltées. Nous avons fini par aboutir devant un portail de fer ; nous étions arrivés.
Le beau-frère fait dans l’immobilier. Il a construit cette immense maison (11 chambres à coucher, cinq salles de bain, deux salles à manger, un bar, deux cuisines, je ne sais combien de terrasses) parce qu’il voulait y loger toute sa famille. Mais après le goudougoudou, sa femme n’a plus rien voulu savoir. Elle vit maintenant en Floride avec leurs trois enfants, et lui reste là avec un nombre indéterminé de neveux et Lolo, la restavek, la jeune fille qui s’occupe du ménage, des courses et, en fait, de tout ce qu’on veut (j’en reparlerai). Lui a une chambre au troisième où il regarde la télé la nuit pour tromper ses insomnies. Dans ce palace au sol de marbre, les robinets ne dispensent pas une goutte : ils ne sont pas raccordés aux citernes. Pour se laver, il faut puiser l’eau dans un baquet avec un petit seau. 
Ce matin, après le chant des coqs, ce sont ceux des dévotes d’une église voisine qui m’ont réveillée. J’ai cru au début qu’il s’agissait des élèves d’une petite école qui récitaient leurs leçons comme ça, mais Gregory m’a détrompée.
Il fait déjà chaud, il est 8h. Les rues sont déjà bien trop encombrées pour songer à se rendre autrement qu’en moto-taxi au rectorat, moi qui m’étais juré que plus jamais après l’accident en Thaïlande. Mais bon. On est à Port-au-Prince, on fera comme le prince.

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Ayiti, men mwen!

Voilà. L’appartement, briqué de fond en comble, est maintenant occupé par mes locataires (un syndicaliste surdoué, sa fille et sa petite-fille), ma valise est bouclée (il y a plus de choses dans celle que j’ai faite pour les quatre ou cinq jours que je passe chez mon Pierre avant de partir que dans celle que j’emporte là-bas pour deux mois!). Il me reste quelques petites affaires à régler mais, franchement, je ne pourrais être plus prête.
Nerveuse?
Pantoute.
Il y a des années que je rêve de partir travailler à l’étranger, en particulier à Haïti. Pourquoi? Euh…
J’aime le créole, parfait miroir de l’humour antillais, un peu fataliste, très ironique, en même temps naïf, comme l’art, qui me ravit aussi. J’aime également la résistance de ce peuple qui a traversé tant de perturbations et qui sourit encore, qui reste vivant, qui porte sa culture comme un étendard.
Je ne sais pas tout à fait ce qui m’attend là-bas, et j’aime ça aussi.
En gros, je travaillerai pour Radio éducative Haïti.
Là-bas, la radio reste l’un des meilleurs moyens de communication: ça ne coûte rien, c’est accessible dans les zones les plus éloignées, ça revêt un caractère communautaire qu’aucun autre média ne peut apporter.
Or, dans les zones rurales, l’école est, disons, un concept aléatoire. La radio éducative vise à apporter du soutien à des enseignants qui, bien souvent, n’ont même pas terminé leur secondaire, voire à suppléer à l’absence d’école.
Mon rôle consistera (pour ce que j’en sais actuellement) à accompagner les quelque 40 bénévoles qui œuvrent déjà à la radio; à les familiariser avec les principaux logiciels de montage sonore et de traitement de texte; à structurer avec eux, à l’intention des élèves du primaire et de leurs enseignants, des émissions originales à contenu éducatif qui seront diffusées principalement durant les heures de classe, mais aussi, peut-être, en soirée pour les familles. 
Je serai basée à Paillant, mais j’irai aussi à Jérémie.
C’est ce que je peux dire pour l’instant.
Je pars donc mercredi, pour deux mois.
Rete branche (restez à l’écoute), comme ils disent.
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* Haïti, j’arrive!
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Homard et compagnie

Nous avons mangé avant-hier le meilleur homard qu’il m’ait été donné de goûter dans toute ma carrière de mangeuse de homard. Pêché le jour même par le mari de notre logeuse, sucré, tendre, juteux, cuit à point (le homard, pas le mari!), aaahhh… ce que nous nous sommes régalés! Il faut dire, nous étions en bonne compagnie: ma cousine Lucie et son amoureux, Marc, sont venus nous rejoindre pour deux jours. Un bon repas est toujours meilleur lorsqu’il est partagé, non?

J’ai soigneusement récupéré les carcasses des homards pour en faire une bisque. Le bouillon a mijoté de longues heures sur la cuisinière au gaz. Laissez-moi vous dire que ça vous parfume une maison! À tel point que j’ai laissé ouvertes pour la nuit la porte de la cuisine d’été et celle de la remise adjacente, dans l’espoir de dissiper un peu les effluves de crustacé qui menaçaient de nous imprégner à jamais. Quand il m’a entendue m’inquiéter de ce que des bêtes pourraient en profiter pour s’introduire dans la maison, Marc a dit que la visite d’une mouffette ne serait sans doute pas une mauvaise chose pour améliorer la qualité de l’air. C’est dire. (Il est drôle, Marc.)

Nous avons passé de longs moments à deviser sur les plafonds, les boiseries et l’état général de «notre» maison, à supputer le coût de toutes les rénovations qu’il faudrait y faire, à philosopher sur le désir de propriété qui nous anime tous un jour ou l’autre… Et nous avons convenu que, dans ce cas du moins, il valait nettement mieux rester locataires!

N’empêche, ce coin de pays ne cesse de me séduire. La côte, rocheuse et irrégulière, est toute festonnée de petites anses qui souvent cachent des quais sur pilotis où les homardiers, vers 14 h, viennent décharger leur cargaison du jour.

La forêt capte et condense la brume marine, qu’elle répand en grosses larmes sur des tapis de mousse qui semblent aussi doux que du velours. Dans les jours de brouillard, en forêt, on croit qu’il pleut (alors qu’il n’en est rien sur la plage ou en ville, par exemple), juste à cause de ce phénomène que je n’ai jamais observé ailleurs.

Avant-hier, nous avons marché à travers une de ces forêts, celle sûrement où le Petit Poucet s’est égaré, toute tapissée de mousse émeraude pailletée d’or, pour accéder à un bord de mer magnifique où pullulaient les oiseaux – guillemots, mouettes (à NE PAS confondre avec les goélands, ô citadins mal informés!), sternes et autres huards. Oui, oui, l’eau est glaciale. Mais tout le reste est si magnifique…

 
 
 
 
 
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Les paradoxes américains

Nous sommes arrivés samedi dans «notre» maison, une belle victorienne construite en 1875 qui a connu des jours meilleurs. Les portes de bois verni ne ferment plus que dans un cri de douleur, le porche aux colonnes de cèdre perd peu à peu sa peinture blanche, les pommiers du jardin ne produisent que des feuilles piquetées par les insectes…
La maison n’est plus habitée depuis la mort, l’an dernier, à l’âge vénérable de 92 ans, de la dame qui en était propriétaire et qui y a élevé ses neuf enfants.
Une maison désertée me serre toujours le cœur. Celle-ci attend quelqu’un qui l’adoptera et la soignera comme elle le mérite. Mais je me demande qui aura le courage de s’embarquer dans pareille galère: tout, ici, est à refaire ou du moins à rénover, de la cave au grenier. Heureusement, nous ne sommes pas là pour ça. Nous n’avons qu’à profiter du temps qui passe et de celui qu’il fait, splendide sous tous rapports.
Nous sommes donc arrivés samedi; la porte n’était pas verrouillée. La maison est pourtant meublée de quelques très beaux morceaux, il n’y aurait qu’à se servir. Mais ici, personne ne verrouille jamais rien, ni voiture, ni maison. Le long des routes, des fermes où l’on vend qui du bois de chauffage, qui du fromage de chèvre, qui des bleuets, mettent leur produit à la vue des passants. Chacun se sert à sa guise et dépose son paiement dans une boîte destinée à cet usage. Il y a parfois là-dedans de coquettes sommes, mais la confiance règne.
Cette confiance, dans un pays où par ailleurs chacun a le droit de se balader avec une arme «pour se défendre», où un forcené descend régulièrement quelques innocents pour une raison obscure et où il est plus facile de trouver un armurier qu’un poissonnier, ne laisse pas de me surprendre chaque fois.
Je n’aime pas les libertarians ni leurs excès, mais je dois dire que certains aspects de cette philosophie, qui veut que le citoyen soit capable de s’occuper de lui-même sans que l’État le materne constamment, me plaisent plutôt. Par exemple, hier, nous sommes allés nous baigner dans un étang assez fréquenté par les locaux. L’endroit est délicieux, bordé de roseaux, orné de grandes îles de nénuphars, et l’eau y est plus douce que la plus douce des eaux de rose. Mais surtout, aucune enfilade de bouées gardée par un pseudo-sauveteur tout imbu de sa jeune autorité ne vient limiter l’aire de baignade. Tu sais nager? Vas-y. Tu ne sais pas? Arrange-toi pour ne pas perdre pied. Tu as des enfants? Occupe-t’en.
La propriété privée est une véritable religion, et accéder au bord de mer dans cette île assez petite demeure une croisade, car la plupart des chemins qui y conduisent sont marqués Private. Mais la vie communautaire est d’une richesse inouïe: associations de protection de l’environnement, sociétés historiques, chambres de commerce, soupers communautaires, renseignements touristiques, tout fonctionne grâce au bénévolat. Ça m’épate toujours.
Justement, hier, nous sommes allés faire une balade d’observation d’oiseaux en bord de mer avec une société d’ornithologie animée par des bénévoles. Nous y avons observé les habituels hérons, bécassins, sternes, chevaliers, guillemots, pluviers et autres cormorans, avec en prime un pygargue et un couple de balbuzards. Rien de très exotique, mais c’est toujours beau à voir. Et comme toujours, la faune des birdwatchers était presque plus intéressante que le sujet même de nos observations!
Je vous mettrai des photos demain. Là, la pile de mon ordi est en train de mourir.

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L’autre Maine (et un peu de Vermont)

Nous voici dans un petit motel près de la ville d’Augusta (prononcez «Agosta»), après quatre heures de route dans des chemins qui tournicotent à travers les montagnes et les forêts, et qui traversent de petites villes aux noms étranges: Mexico, Peru, Canton… Sans doute pour ça que 80% des Américains n’ont pas de passeport: ils font le tour du monde rien qu’en se perdant dans le Maine profond!
Tout de suite après avoir passé la frontière à un minuscule poste où l’unique douanière SOURIAIT et PARLAIT FRANÇAIS (jamais vu ça aux États-Unis), nous sommes entrés dans un village, Canaan, où il y avait une petite foire. Une bannière disait: «Sugar on Snow». J’ai cru que c’était le nom du groupe qui jouait du blue grass et du country sur une petite estrade, mais non: on servait bel et bien de la tire d’érable sur la neige! Un monsieur dépose sur une assiette de plastique une pelletée de neige contenue dans une vaste caisse de bois, un autre monsieur vous met une louchée de tire fumante là-dessus, et hop! On déguste. C’est, je suppose, l’équivalent vermontois du Noël du campeur.

Après une pause qui nous a permis d’apprécier la cuisine du Family Restaurant local (pas ça qui va faire baisser le taux d’obésité), nous avons poursuivi notre route par monts et par vaux. Un cerf nous a placidement regardés passer, puis, quelques milles plus loin, un tout jeune orignal tout en jambes, comme un grand ado dégingandé, nous a brièvement salués avant de rentrer dans le bois en trottinant de travers.
La presque pleine lune, son visage désolé comme celui d’une pietà, nous a ensuite montré le chemin jusqu’à ce petit motel fréquenté par des pêcheurs. Nous repartirons tôt demain, direction Deer Isle, un coin de pays ignoré des touristes, où la côte est rude, les villages intacts, les gens adorables et le homard en pleine saison. Nous avons loué là la maison de mes rêves, nous y serons demain en matinée. Joie, allégresse, bonheur et volupté.
En attendant, il y a Mississippi Burning à la télé, oups, non, un preacher qui s’égosille, ah, non, les Jeux olympiques (mon amoureux zappe frénétiquement, c’est imparable)…
Je ne pourrais pas me sentir en vacances plus que ça.

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Le piège à cons

En route pour Cadix, nous nous sommes arrêtés à Jerez, où l’on produit cet élixir méconnu et fort prisé des Anglais, j’ai nommé le xérès. Nous avions lu qu’il y a des bodegas (lieu de fabrication du jerez) à tous les coins de rue et, dans le quartier gitan, plusieurs peñas et tabernas où voir de bons spectacles de flamenco.

Tout contents d’être heureux, nous nous sommes trouvé une chambre in extremis dans un petit hôtel tenu par un immense Colombien aussi noir que bourru, et nous avons fait une sieste réparatrice. Nous sommes ressortis vers 21h30, direction le quartier gitan, où les spectacles commencent vers 22h. Marche, marche, on arrive là… euh… On aurait dit Windsor (Ontario) un lundi soir de hockey! Pas un chat dans les rues, le bar qu’on visait lamentablement fermé, les autres introuvables… Où donc est cette Espagne festive qui ne se couche jamais avant l’aube?

Nous allions rebrousser chemin lorsque nous avons entendu des claquements de talon caractéristiques. Tac-tacatacatac-tac tac! Cela venait de la Taberna flamenca, une ancienne bodega au plafond aussi haut que celui d’une cathédrale, que l’office du tourisme présente comme l’un des hauts lieux de l’art flamenco à Jerez. Joie, joie! À l’intérieur de cette très belle salle, quelques clients attablés, un groupe de personnes sur scène, une femme qui danse avec fougue, bras levés… Trop contents, nous nous sommes assis, on nous a proposé des tapas, une coupe de vin, 20€ par personne. Oui, oui, on veut tout! Au diable la dépense!

Deux assiettes, de carottes et de betteraves marinées, ont fait leur apparition sur la table, avec un petit panier de pain et je ne me souviens plus quoi d’autre (j’en déduis que c’était au moins aussi oubliable que les carottes et les betteraves).

Sur scène, une (très) grosse dame avait remplacé la première. Elle s’égosillait en faussant et en esquissant quelques pas pendant que ses compagnons enterraient allègrement, de leurs claquements de mains et de talons, le son de l’unique guitare, dépourvue d’amplificateur.

Après, un homme s’est levé, s’est drapé dans une écharpe (sans doute pour camoufler sa bedaine) et s’est mis à danser en faisant de temps en temps de petites passes de toréador avec son écharpe. Je suppose que c’est de ce genre de démonstration que se sont inspirés Goscinny et Uderzo pour Astérix en Hispanie.

C’était… comment dire?

J’en ai regretté les joyeux moments que nous proposait Soirée canadienne à Télé-Métropole.

Mais bon, il n’y avait pas que des mécontents: une vaste tablée de ce qui sous a semblé des Russes aussi ivres qu’enthousiastes se levait après chaque chanson, comme si l’on assistait à la performance du siècle.

Au bout d’une heure pile de ce morceau d’anthologie, les Gitans (?) ont quitté la scène sous les applaudissements nourris des spectateurs qui l’étaient moins. Tout était consommé, ou presque: un Russe a versé en tremblant ce qu’il restait d’un verre dans un autre, qu’il a dissimulé sous son manteau avant de se diriger en titubant vers la sortie avec son groupe de joyeux compagnons. La salle s’est vidée, nous avons terminé la bouteille de vin que nous avions fini par commander pour oublier notre déconvenue, et nous sommes sortis à notre tour.

Sur le chemin de l’hôtel, nous avons fait une halte à un bar où nous avons rencontré un jeune couple qui dansait divinement la sévillane. Il y avait avec eux un homme édenté du nom de Fran, qui m’a montré à taper de trois doigts dans la paume de l’autre main pour que ça claque bien. Il chantait magnifiquement, n’avait pas le sou et n’a accepté nos tournées qu’avec hésitation. Digne, généreux, gentil comme tout, il nous a fait passer une superbe fin de soirée et s’est discrètement éclipsé quand nos deux jeunes amis, très courtois, nous ont raccompagnés à pied jusqu’à notre hôtel.

Comme quoi, hein…

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Folies sévillanes

Séville, Séville… On entend des castagnettes, des accords de guitare, le murmure d’une fontaine; on imagine de somptueux palais, des grilles de fer forgé, des venelles fleuries…

Oui, oui, clichés, mais pas tant que ça (les clichés ont quand même souvent un fondement, non?). Sauf  que, en ce moment, il n’y a pas moyen de trouver un bar où l’on présente du flamenco: tout le monde se retrouve dans un parc un peu en dehors du centre historique, lieu de la Feria de Abril.

Pour savoir où c’est, facile: on suit une grappe de jeunes femmes en robe flamenca, la fleur piquée au sommet de la tête comme une antenne parabolique, les franges du châle et les volants qui se balancent au rythme de leurs pas pressés.

Très maquillées, très apprêtées, elles s’arrêtent volontiers et prennent la pose dès qu’on pointe vers elles un appareil photo, puis repartent du même pas. Des autobus remplis de jeunes femmes toutes pareilles et toutes différentes nous dépassent, et aussi des taxis, et encore des calèches, attelées de deux, parfois quatre chevaux superbes, menés par des cochers impeccablement élégants. Tout le monde, vous dis-je, s’en va à la Feria.

Et là… là! La folie, mes amis! Plusieurs milliers de personnes s’entassent dans des centaines de casetas, sortes de petits chapiteaux commandités qui par une entreprise, qui par une association, qui par un parti politique. On y va pour boire et manger, écouter et danser le flamenco, mais surtout, d’après ce que nous avons compris, pour voir et être vu.

Dans les allées, un flot incessant de calèches rutilantes et de caballeros sanglés dans leurs habits de fête, avec une belle toute poudrée en croupe, fait lever une poussière jaune qui colle aux visages en sueur sous le soleil implacable. Il y a autant de gens dans les allées que dans les casetas, parce que n’entre pas là qui veut. Il faut y être invité, faute de quoi on reste debout, à boire ce qu’on a apporté. Les jeunes trimballent des sacs de plastique avec le nécessaire: une bouteille de deux litres de 7-Up, un litre de vin blanc, des glaçons. Ils ont tous à la main, garçons et filles, de vastes gobelets de plastique remplis à ras bord de ce mélange.

Après nous être remplis de ce spectacle, nous sommes sortis de l’enceinte pour retourner vers le centre-ville. Aux abords du parc, les trottoirs, les rues, les ruelles, les terrasses s’étaient remplies de monde. Une dizaine de femmes d’une soixantaine d’années, toutes en falbalas, assises autour d’une table non loin de celle où nous nous étions posés pour la sainte bière de 17h, chantaient et dansaient tour à tour, fort élégantes, joyeuses, belles à voir.

Pendant ce temps, le centre-ville est abandonné aux touristes, Français pour la plupart, mais aussi, bien sûr, Japonais en grappes qui se prennent mutuellement en photo devant n’importe quoi, et qussi quelques Allemands. La ville est splendide, ses monuments fastueux (l’Alcazar m’a largement consolée de n’avoir pu visiter l’Alhambra), mais il y manque l’âme de Malaga, par exemple. Comme Florence, Séville est une ville-musée désertée par ses habitants, où l’on pratique des prix prohibitifs pour une nourriture moins bonne qu’ailleurs.

Nous sommes donc bien contents de nous être rabattus sur Carmona, à une trentaine de kilomètres de Là. C’est une très ancienne ville ceinte de murailles qui datent des Carthaginois, où nous logions dans une maison vieille de 700 ans (excusez du peu).

Hier soir, avant d’y retourner, nous avons pris un verre dans un café où un écran de télé montrait la corrida du jour. Rien à faire, je ne m’y habituerai jamais. J’ai eu beau me rappeler les paroles de ma chère Françoise, camarguaise amatrice et connaisseuse de tout ce qui touche les chevaux et les taureaux, qui dit que c’est pour la bête une mort glorieuse et noble, je trouve inhumaine cette façon de harceler un animal jusqu’à l’épuisement pour l’achever d’un coup d’épée entre les omoplates. Que voulez-vous, je suis une grande sensible.

Nous partons tout-à l’heure pour Cadix, dont on dit le plus grand bien. Je tâcherai de vous mettre des photos la prochaine fois.

Hasta luego!