Au marché

J’ai écumé aujourd’hui le marché de Huaraz, qui m’a semblé bien sage comparé à ceux de Dantokpa (à Cotonou) ou de Carthagène, en Colombie. Serais-je blasée? Si c’est le cas, je suis peut-être mûre pour l’Inde, après tout…

Je passe désormais sans m’étonner à travers les étals de poulets jaunes pendus entiers par le cou, les quartiers de cochon ou d’agneau où bourdonnent les mouches et où, pour bien montrer à quelle bête tu as affaire, on empile les têtes sur le comptoir, langue sortie et yeux exorbités… Ça ne m’a pas rendue végétarienne, non. Remarquez, je n’en suis pas encore à acheter un cochon d’Inde tout vif (ni même dûment occis et écorché), mais c’est juste parce que c’est cher pour ce qu’il y a à manger. C’est du moins ce que j’ai conclu l’autre jour quand j’ai goûté le fameux picante de cuy.

En tout cas.

À Huaraz, comme dans la plupart des marchés, les commerçants sont regroupés par thème, si je puis dire. Fruits et légumes, poissons, viandes, denrées non périssables, petits étals de jus frais ou de plats cuisinés à la demande, objets pour la maison, tissus, ateliers de couture, jouets, quincaillerie, électronique… La marchandise, presque identique d’une boutique à l’autre, s’entasse avec une incroyable économie d’espace de part et d’autre d’allėes certes fort étroites, mais où il règne un ordre étonnant. Pas de cris, pas d’appels, pas de négociations théâtrales, pas de livreurs qui bousculent les chalands avec leurs tombereaux pleins… Une fois qu’on sait ce qu’on veut, il n’y a plus qu’à trouver le bon secteur, puis à s’arrêter dans une échoppe ou une autre, à demander les prix (presque pour la forme), et basta.

J’ai donc fini par trouver un marchand qui vend au mètre ces tissus fabuleux dont les femmes se servent ici pour tout (porte-bébé, sac à dos, châle, pare-soleil…). Généralement, ils sont vendus en carrés de 1,35m de côté. À Caraz, impossible de trouver plus grand. Je me suis fait plaisir, j’en ai acheté trois lés différents de 4m chacun. J’aurai les plus beaux rideaux de tout Caraz.

Le monsieur a été très gentil, très doux, il m’a montré ce qu’il avait, m’a énoncé ses prix. À prendre ou à laisser. Bon, à 12 soles (4,80$) le mètre, c’était déjà, il faut le dire, un très, très bon prix (à mes yeux, en tout cas). Ça fait qu’il a mesuré, coupé et plié tout ça comme un chef, j’étais contente et lui aussi. C’est quand même moins fatigant que magasiner au Maroc, où on te fait tout un cinéma pour une théière qu’on commence par te proposer à quatre fois son prix…

Mais c’est aussi moins rigolo.

Un 26 décembre à Huaraz

Huaraz est la capitale (on dirait mieux le chef-lieu) de la région d’Ancash. C’est le point de départ de la plupart des excursions qui mènent les amateurs de trek, d’escalade et d’autres sports dangereux vers les glaciers. Ce que ces bonnes gens ne savent pas, c’est que Caraz, avec ses quelque 25.000 habitants, est non seulement plus cool et plus jolie que Huaraz, mais elle est aussi plus proche des principaux attraits du parc de Huascarán (et du fabuleux sommet du même nom, que j’aperçois de mon salon, tsé).

Mais c’est très bien, les amis, continuez de vous agglutiner à Huaraz.

Perso, je suis venue ici parce que je me disais que, forte de ses 130.000 habitants, la ville m’offrirait peut-être un peu plus de choix que Caraz au rayon «tout pour le foyer». Et je voulais aussi voir le musée d’archéologie. Et voir autre chose que Caraz, en fin de compte, pendant ces quelques jours de congé.

On n’est qu’à 70km de Caraz, mais le minibus met quand même plus d’une heure et demie pour s’y rendre, d’une part parce qu’il s’arrête à tout bout de champ pour prendre ou déposer des passagers et, d’autre part, parce que sa vitesse est limitée à 80 km/h. Heureusement, d’ailleurs: je n’ose imaginer à quelles acrobaties se serait livré le chauffeur n’eût été le «biiiiiiip» impérieux qui le dénonçait chaque fois qu’il dépassait cette limite.

J’ai quand même somnolé un peu, la tête posée sur mes bras, eux-mêmes croisés sur mon petit sac à dos rouge, parce que ça ne sert à rien de s’énerver.

Et on est arrivés à Huaraz, aussi peu jolie que je m’y attendais. Pas sa faute, elle a été détruite à 85% en 1970 par un tremblement de terre qui a fait quelque 70.000 morts. On l’a reconstruite un peu à la va-comme-je-te-pousse, que voulez-vous.

Je pensais passer trois jours ici, mais c’est nettement trop. J’irai demain faire un tour au marché central, puis visiter le petit musée, et je crois bien que ce sera tout, merci beaucoup.

Ce soir, avant de me coucher, j’ai sagement replacé dans mon sac à dos certains objets essentiels, genre: portefeuille, bouteille d’eau, chaussures, pantalon, imper. Comme ça, si jamais je suis obligée de sortir en catastrophe pour cause de tremblement de terre, je ne serai pas tout-nue trop longtemps.

On ne sait jamais.