Archives d’Auteur: Fabienne
Fragments
Jusqu’ici, prise dans le tourbillon des formalités à remplir, je n’ai vu que Cotonou – à peu près toujours les mêmes rues, entre l’appartement où je loge (chez un jeune collègue) et le commissariat (où il faut faire authentifier une photocopie de mon passeport) en passant par la banque ou la maison du chef de quartier. Ce dernier est censé délivrer une attestation de résidence, c’est-à-dire qu’il signe une déclaration qui certifie qu’il vous a bien vu, vous-même en personne, et que vous habitez bien à telle adresse, ce qui remplace votre passeport dans la vie de tous les jours. Histoire de simplifier les formalités (!), au cas où il ne serait pas à la maison quand on a besoin de sa signature, il laisse des formulaires signés d’avance, si bien que c’est Hilarion, chauffeur et logisticien d’Oxfam, qui a rempli le papier et qui a apposé les tampons idoines.
Aujourd’hui, je suis allée avec Alexandre (mon jeune hôte) faire les courses pour une petite fête d’accueil (pour moi!) et d’au revoir (pour deux personnes qui partaient). Je me suis tellement amusée à négocier avec les marchands, il y a un tel pétillement dans le regard de tous, je sais déjà que j’aime ce pays. J’aime en tout cas ses gens, ses couleurs, ses contradictions, son âme.
***
J’ai visité deux appartements, j’en verrai un troisième lundi. Compte tenu des conditions de vie des gens du cru (et même de bien des gens de chez nous), j’ai le choix entre super-extra-luxe, extra-luxe ou super-luxe. C’est-à-dire: trois chambres à coucher assurément, parfois munies chacune de leur salle de bains; cuisine avec gazinière et frigo; salle à manger, salon, terrasse, télé à écran plat…
L’eau chaude? Aucune nécessité, la douche fraîche est infiniment bienvenue à la fin d’une journée. La différence réside dans d’infimes détails, comme la situation géographique (près de la mer? quartier d’expats? quartier populaire? près des bureaux d’Oxfam? rues inondées pendant la mousson?).
Bref, je pense que nous serons bien partout, Oxfam y veille. Ça pourrait être gênant, mais j’ai fini par comprendre que les candidats à la coopération volontaire, en fin de compte (et malgré tout ce que je croyais), ne se bousculent pas nécessairement au portillon et qu’il faut un minimum de confort si on veut les garder pendant un certain temps. Je pense sincèrement que je me serais contentée de bien moins, mais l’avenir le dira: 10 mois, ce n’est pas comme trois semaines…
J’ai rencontré la plupart de mes collègues, notamment la très belle Fidelia, qui m’a montré ce matin comment nouer le pagne qu’elle porte avec tant de royale élégance. Je l’ai bien fait rigoler quand je lui ai dit que j’étais certaine d’avoir l’air d’un balai en robe du soir et que j’aimais mieux ne pas me voir. On ne parlera même pas du turban. Je ne vais pas me déguiser en Africaine, j’ai dit, ce serait ridicule (je n’ai pas ajouté qu’on a déjà quelqu’un qui fait ça au Québec, merci beaucoup).
En tout cas, Fidelia (quel beau nom, non?) est mère d’une petite poupoune de 4 mois qui s’appelle Prunelle (j’adore!), et nous avons convenu que j’irais chez elle filmer le bain du bébé, parce que c’est tout un rituel, que c’est chouette et qu’on aime ça et que ça ne se passe pas comme ça chez nous. À suivre!
Bienvenue au Bénin
Quand l’avion s’est enfin posé sur le tarmac à Cotonou, tous les passagers n’avaient qu’une hâte après ces sept heures de vol (plus celles que tous avaient passé dans un autre avion en provenance de Dieu sait où, sans parler du temps d’attente entre les deux), tous, donc, n’avaient qu’une hâte: d’en sortir enfin.
Mais le pilote, au bout d’une dizaine (ou d’une vingtaine) de minutes, nous a annoncé qu’une grève paralysait l’aéroport, qu’on essayait de trouver une solution pour nous permettre de débarquer. C’est-à-dire de convaincre quelqu’un, quelque part, de faire en sorte qu’on amène un escalier, des bus, des chariots à bagages… Il y a eu à cette annonce un éclat de rire généralisé parmi les passagers, qui signifiait, en quelque sorte: «Bienvenue au Bénin!»
À part une Française qui est allée engueuler un agent de bord pour ce contretemps dont il n’était absolument pas responsable, chacun a pris son mal en patience, et tout a fini par s’arranger. Les chauffeurs des navettes, les douaniers, les préposés aux bagages, les porteurs, les médecins chargés de vérifier votre vaccination contre la fièvre jaune (on ne rigole pas avec ça, ici), tout le monde était au poste. Une grève? Où ça?
Ça s’était réglé comme par magie. Depuis deux jours que je suis ici, j’ai pu voir que c’est toujours le cas. Et toujours en parlant très bas. À part les marchandes ambulantes, qui, comme en Haïti, font tout un théâtre pour une mangue tombée dans le mauvais panier, les Béninois règlent toutes les affaires à mi-voix (pour la demi-sourde que je suis c’est une torture!). Hilarion, le chauffeur-logisticien chargé de m’aider à m’organiser, aplanit comme ça toutes les tracasseries: deux au trois mots dans le tuyau de l’oreille de qui-de-droit, un regard en coulisse, un sourire entendu, et l’affaire est dans le sac.
Et des tracasseries, il y en a. Rien que pour ouvrir un compte à la banque, il faut remplir neuf formulaires (dont cinq en duplicata, je les ai comptés), où on vous demande le nom de vos père et mère (comme si ça pouvait servir à quelque chose ici!), votre adresse (je n’en ai pas encore, alors je mets celle du coopérant qui m’accueille en attendant: carré 1730, quartier Machin, maison Adolphe Domingo), votre numéro de téléphone (à force de l’écrire, je l’ai appris, il y a ça de positif – notez: 97.14.79.77), votre actif immobilier, re-votre adresse (mais je viens de l’écrire, là!), et signez ici, et signez là, et encore là et là…
Après, la dame chargée de votre cas recopie tout… dans l’ordi!
Je vous passe les méandres administratifs qu’il m’a fallu traverser pour pouvoir enfin toucher mon premier chèque, mais je vous cite de mémoire le début du formulaire de demande d’ouverture de compte:
«Monsieur le Directeur de la Banque d’Afrique,
J’ai l’honneur de demander à votre très haute sollicitude de bien vouloir me permettre d’ouvrir un compte à la banque………»
(Votre très haute sollicitude!!!)
En tout cas.
Je n’ai fait hier et aujourd’hui que des allers-retours en jeep dans des rues complètement défoncées (excellent pour les abdos, mais soutien-gorge impératif), et je n’ai pas fini.
Les gens sont adorables, les costumes traditionnels absolument magnifiques, mes collègues tout à fait sympathiques. Il fait chaud mais pas trop, il y a des fruits et des légumes en abondance, et le soir, quand la ville se calme, j’entends les vagues se briser sur la plage (immense) à un petit kilomètre d’ici.
Bienvenue au Bénin.
Bientôt le Bénin
Je ne sais pas ce qui m’a prise. Peut-être le désir de prolonger ce voyage en Haïti, qui m’a complètement captivée (peut-être même capturée) pendant les six courtes semaines qu’il a duré…
Sans doute aussi cette envie qui me taraude depuis toujours de vivre et de travailler à l’étranger. Et bien sûr de me sentir utile.
Toujours est-il que, à peine rentrée d’Haïti (disons le lendemain), j’ai posé ma candidature à Oxfam Québec, sans même savoir s’il y avait un poste pour moi, en me disant que je n’avais rien à perdre.
Mais bon, pour résumer, il se trouve qu’il y avait un poste au Bénin.
Il se trouve que je l’ai eu.
(Parenthèse, ici: je dois aussi beaucoup à MonChéri parce que c’est lui qui m’a mise en relation avec une personne qu’il connaissait à Oxfam Québec; et maintenant Pierre (MonChéri) est en train de se trouver lui-même un poste au Bénin, si bien que nous y serons ensemble, si die vle. Et je serais pas mal moins désinvolte si je devais partir seule pendant tout ce temps. Fin de la parenthèse.)
Donc, quelques semaines à peine après mon retour d’Haïti, je repars pour le pays des ancêtres de la plupart des Haïtiens, mais cette fois pour neuf mois. J’ai obtenu sans peine un congé sans solde de mon employeur (merci infiniment à mon syndicat). Je travaillerai là-bas comme conseillère en communication et capitalisation. En gros, il s’agira de rendre compte des actions d’Oxfam sur le terrain: rencontrer les bénéficiaires des programmes et recueillir leur histoire, documenter ce qui a bien fonctionné pour garder la «recette», et ce qui a moins bien marché pour ne pas répéter d’éventuelles erreurs ailleurs. Et puis concevoir les outils de communication qu’il faut pour diffuser tout cela.
Je suis à la fois enchantée au-delà du pensable (je rêve de cela depuis toujours!) et complètement paniquée: je pars dans cinq semaines (CINQ SEMAINES!) comme coopérante volontaire pour neuf mois (NEUF MOIS)!
J’essaie de rester calme. Pour cela, rien de tel que les listes. Je fais des listes, et même des listes de listes. Ça m’aide un peu. Par exemple:
– Trouver un locataire pour mon appartement (liste de sites de petites annonces) ;
– Trouver un foyer pour Filou (liste des personnes susceptibles de dire oui);
– Passer tous les examens médicaux (liste) et espérer qu’on ne me découvrira pas une tare (liste et peut-être même sous-liste) susceptible de tout annuler;
– Vider mon appartement de mes objets personnels (liste) et faire entreposer tout ça (liste de fournisseurs);
– Voir tous les gens que j’aime avant de partir (mégaliste);– Faire mes bagages (liste, sous-liste et sous-sous-liste).
Bon, où en étions-nous? Ah oui: je pars en Afrique pour neuf mois.
J’aurai un téléphone IP (si bien que vous pourrez m’appeler au numéro montréalais que vous connaissez), une connexion Skype, pas les moyens de revenir passer des vacances au Québec, mais tout ce que vous voulez pour vous accueillir au Bénin.
Retour anticipé
Le directeur a repris le bout de papier, l’a de nouveau lu attentivement d’un air pénétré. Puis il s’est concentré un nombre raisonnable de secondes avant de déclarer à Natacha qu’elle devait aller payer les frais à telle banque et revenir demain, elle aurait son permis. Fin de l’entretien. Nous sommes sorties, le monsieur a repris son bouquin.
La dame d’en face n’avait pas levé les yeux du sien.
Natacha m’a dit que, le lendemain, quand elle y est retournée, une jeune femme faisait tranquillement sa mise en plis au fer à friser, bien assise à son bureau rigoureusement vide.
Ça fait mal, mais ça fait réfléchir.
Alors voilà. Je ne dis pas que je ne retournerai jamais en Haïti, loin de là. J’y ai rencontré des gens extraordinaires que je veux revoir. Je pense aussi qu’on peut réellement aider ce pays. Mais pas n’importe comment et, surtout, pas sans les Haïtiens eux-mêmes.
Quelqu’un m’a dit que Haïti ne laisse personne indifférent: soit on aime, soit on déteste. J’ai aimé du premier coup, malgré les paradoxes et les contradictions qui déchirent ce pays et son peuple. Je suis encore en train de décanter tout cela. J’en reparlerai.
Tatie Fabi risque sa vie
Hier, Mica a demandé à maître Jean (ici, on appelle tous les profs «maître») de me montrer les jardins qu’entretiennent les élèves de chaque école, histoire de faire d’eux des citoyens autonomes et débrouillards.
En bas, les enfants, en rang deux par deux, main dans la main, nous attendaient sagement. Notre petite colonne s’est ébranlée d’un bon pas, zigzagant entre les mares de boue et le crottin des mules comme une longue chenille bleu et blanc.


Les Abricots
Jérémie
Je ne voudrais pas avoir l’air de me vanter, mais j’ai fait hier mon premier voyage en Cessna, oui messieurs-dames. Quarante minutes de vol de Port-au-Prince à Jérémie dans un coucou de quatre places construit en 1962, qui tanguait et craquait comme un rafiot.









Comme toujours, il y a du monde partout, des motos, des marchandes de petites choses, des écoliers en uniforme. Les gros 4X4 de la Minustah chargés de Casques bleus passent régulièrement. Chaque fois que je demande : «Mais que font-ils donc, ici?», on hausse les épaules, on lâche un petit rire sarcastique. «Ils sont en vacances!», m’a répondu quelqu’un.
Architecte de formation, elle a mille affaires en route qu’elle mène tambour battant, dont un centre communautaire, le centre Numa-Drouin, qu’elle a fondé et dont elle n’est pas peu fière, avec raison. Il y a une bibliothèque de quelque 5000 livres, une trentaine d’ordinateurs portables, une salle multimédias. On y donne des ateliers d’informatique ou de bricolage avec des matériaux recyclés, des formations en entrepreneuriat… Il règne là une atmosphère de ruche qui fait plaisir à voir.
Moment de grâce
Bon, je pars demain pour Jérémie. Il m’a fallu remuer ciel et terre pour trouver un transport: le bateau qui fait normalement la navette Jérémie–Port-au-Prince n’est pas venu cette semaine, faute d’un nombre suffisant de passagers; la route est peu sûre en raison des crues; et il n’y a plus de liaison aérienne depuis deux ou trois semaines parce que, selon ce que j’ai appris de source officieuse, l’avion de Tortug’air est en panne.
J’ai failli avoir une place dans l’hélico de la Minustah (ça fait tellement Indiana Jane!), mais le prochain vol possible ne partait que mardi. Or, Mika, la dame que je veux absolument voir aux Abricots (un village à 25 km de Jérémie, mais qu’on met près de deux heures à atteindre en 4X4), part pour les États-unis le 12 avril. Pas question, donc, d’attendre mardi. Solution ultime: l’avion privé, à prix d’ami: 350$US, aller seulement. Oui, oui, prix d’ami. C’est normalement le double, mais quand on est bien branché, surtout en Haïti, on finit toujours par s’organiser.
Je loge actuellement chez une jeune femme absolument admirable, Natacha (dont je reparlerai), rencontrée grâce à CouchSurfing.org (dont je ne parlerai jamais assez). Elle a ouvert à Carrefour Feuilles, un des quartiers les plus défavorisés de Port-au-Prince, une école que j’ai visitée hier et dont je vous reparlerai aussi, parce que c’est vraiment quelque chose de complètement épatant.
Durant cette visite, j’ai revu mes années d’école: les uniformes, les pupitres de bois, la discipline…
Chaque fois qu’on entrait dans une classe, les élèves se levaient en bloc et ânonnaient en chœur: «Bonjour madame, comment allez-vous?
– Je vais très bien, merci, et vous?
– (Toujours en chœur) Très bien, merci, madame!»
Dans chaque classe, je me suis présentée brièvement, j’ai posé quelques questions aux enfants et pris quelques très mauvaises photos (j’étais, je pense, aussi intimidée que les élèves eux-mêmes). Je vous les mets pareil.




À la fin de la visite, comme Natacha avait des choses à régler, je suis allée l’attendre sur un banc près de la sortie. Les classes étaient terminées. Près de moi, deux ou trois petites filles aux tresses enrubannées de blanc attendaient leur maman et me regardaient du coin de l’œil. J’ai entamé la conversation en leur posant les habituelles questions de grande personne: leur nom, leur âge, ce qu’elles voulaient faire quand elles seraient grandes…J’ai fini par être entourée d’un essaim de fillettes en uniforme rouge qui caressaient mes cheveux (dont la texture les fascine), touchaient ma peau, me posaient mille questions (as-tu des enfants? Ah bon, un seul? Et pourquoi? Et où est son papa?). L’une a voulu savoir pourquoi ma peau n’était pas partout de la même couleur (coup de soleil sur le décolleté, l’intérieur des bras bien blanc); une autre m’a demandé d’un air entendu si le papa de mon fils m’avait quittée pour une autre femme…
L’une d’elles a fini par demander à essayer mon appareil photo. Elles se le sont passé de l’une à l’autre, se sont photographiées à tour de rôle, puis chacune avec moi, puis en groupe, puis se sont tournées vers d’autres sujets. Voici le résultat, sans retouches ni rien (et même si j’ai l’air d’un chien mouillé).
Ça s’appelle un moment de grâce.
Tentative de conversion
Avant de clore tout à fait le chapitre de mes aventures paillonnaises, il faut que je parle de Soliny.
Je ne sais quel âge il a. En fait, il n’a pas d’âge: il est un jeune vieux ou un vieux jeune. Né dans une famille catholique, il s’est converti à l’évangélisme à l’âge de 15 ans et considère maintenant ses parents comme damnés.
Il anime à Radio Paillant une émission évangélique, de 5 h à 8h du matin, tous les jours que le Bon Dieu amène, sauf le dimanche, où il commence un peu plus tard. Avouez qu’il faut vouloir.
Comme bien des gens en Haïti en général et à Paillant en particulier, il n’a pas de travail. J’ignore de quoi il vit – lui-même ne le dit pas, se bornant à déclarer que ça n’est pas toujours facile mais que Dieu l’aide. Je suppose que le Très-Haut y pourvoit comme il le fait pour les petits oiseaux.
J’ai eu avec lui, un soir, une très longue discussion au cours de laquelle il a tenté de me convertir. Je rigolais, je lui disais que c’était peine perdue, que j’étais aussi athée qu’il était croyant, mais ça ne lui entrait pas dans la tête. «Comment peux-tu ne pas croire en Dieu, qui a tout créé?
– Ah oui? Et Dieu, lui, qui l’a créé?
– …
– Moi, je crois que c’est l’homme qui a créé Dieu.
– Pourquoi l’homme domine-t-il toutes les autres créatures, sinon parce que Dieu l’a créé à son image?
– À cause de la sélection naturelle, pardi!»
J’ai évoqué le Big Bang, les dinosaures, Darwin; il m’a parlé jugement dernier, damnation éternelle et a cité Voltaire, ce vieux mécréant qui s’est converti sur son lit de mort comme on assure sa maison, juste au cas.
«Pauvre Soliny, je suis un cas désespéré, j’ai dit. Ne perds pas ton temps à prier pour mon salut! Et puis, si Dieu existe et qu’il aime vraiment tous les êtres de sa création, il va m’aimer aussi, ne crois-tu pas?»
Soliny me portait, je pense, une curiosité particulière, peut-être parce que j’étais la première athée avouée qu’il rencontrait.
Le soir de la demi-finale de foot, il a réuni le onze paillonnais et a prononcé une longue prière avec les joueurs. Je ne l’ai pas vu faire de même le soir de la finale, mais on a gagné pareil.





























